Choix de carrière : le dilemme
Reçu de mon ami Pierre Blanchard, facétieux retraité du service public fédéral.
Il manque les sous catégories banques privées, banques publiques, hedge funds etc...
Mais ce n'est pas parce que l'on rit que c'est drôle.

Utilisez votre bibliothèque....
....elle vous manquera quand vous partirez.

'Use your library…you'll miss it when you leave' by Rebecca Cobb
as seen on
http://www.brainpickings.org/index.php/2012/01/02/advice-to-sink-in-slowly/
Vous avez deux vaches

Lu sur le blogue d'Olivier Berruyer, actuaire, observateur lucide de la crise de la dette qui fait sur son blogue Les-crises.fr un extraordinaire travail qui lui vaut d'être le deuxiàme blog économique le plus lu en France.
Ses articles sont bourrés de graphiques originaux et d'une grande sûreté; à lire chaque jour.
Mais il lui arrive de se détendre, comme ici avec son histoire des deux vaches et des différents régimes politiques.
ANARCHIE :
Vous avez deux vaches. Soit vous les vendez au juste prix, soit vos voisins tentent de vous tuer pour s’en emparer.
BUREAUCRATIE : Vous avez 2 vaches. Le gouvernement publie des règles d’hygiène qui vous obligent à en abattre une. Il vous achète le lait de l’autre, puis le jette.
DÉMOCRATIE PURE :
Un vote décide à qui appartient le lait.
DÉMOCRATIE REPRESENTATIVE :
Vous avez deux vaches. Une élection désigne celui qui décide à qui appartient le lait.
DÉMOCRATIE AMERICAINE :
Le gouvernement promet de vous donner deux vaches si vous votez pour lui.
Après les élections, le président fait l’objet d’une procédure d’impeachment pour avoir spéculé sur les obligations bovines. La presse rebaptise le scandale “Cowgate”.
DÉMOCRATIE DE SINGAPOUR :
Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous inflige une amende pour détention non autorisée de bétail en appartement.
DICTATURE :
Vous avez deux vaches. Les miliciens les confisquent et vous fusillent.
DICTATURE MILITAIRE :
Vous avez deux vaches. Le gouvernement les prend toutes les deux et vous enrôle dans l’armée.
ECOLOGIE :
Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous interdit de les traire et de les tuer, et vous achète la bouse.
FASCISME :
Vous avez deux vaches. Le gouvernement les prend toutes les deux, vous emploie pour vous en occuper et vous vend un peu de lait.
FÉMINISME :
Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous inflige une amende pour discrimination. Vous changez une de vos vaches pour un taureau que vous trayez aussi.
FEODALISME :
Vous avez deux vaches. Le seigneur s’arroge la moitié du lait.
MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE BRITANNIQUE :
Vous avez deux vaches. Vous en tuez une pour la donner à manger à l’autre. La vache
vivante devient folle. Le gouvernement ne fait rien. L’Europe vous subventionne pour l’abattre. Vous la donnez à manger à vos moutons.
NAZISME :
Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous prend la vache blonde et abat la brune.
POLITIQUEMENT CORRECT :
Vous êtes en rapport (le concept de “propriété” est symbole d’un passé phallocentrique, va-t-en-guerre et intolérant) avec deux bovidés d’âge différent (mais néanmoins précieux pour la société) et de genre non spécifié.
TOTALITARISME :
Vous avez deux vaches. Le gouvernement les prend et nie qu’elles ont existé. Le lait est interdit.
SURREALISME:
Vous avez deux girafes. Le gouvernement exige que vous preniez des leçons d’harmonica.
DÉMOCRATIE FRANCAISE :
Vous avez 2 vaches. Les 2 vaches forment un syndicat et se mettent en grève pour réclamer une augmentation de leur ration minimum de soja. Devant votre refus catégorique, elles organisent un blocus des étables et paralysent la distribution de lait.
Au bout d’une semaine, voyant que le conflit tourne mal (comme le lait), le gouvernement prend le taureau par les cornes et organise une table ronde. Vous finissez par donner satisfaction aux vaches mais en étalant les augmentations sur 30 ans (rappel: durée de vie d’une vache = 10 ans).
Le gouvernement s’engage à étudier avant 2050, les dossiers d’indemnisation concernant les vaches étrangères (non anglaises) prises dans le blocus. Cette mesure sera de toute façon annulée par le prochain gouvernement.
Le bayou de Daniel Woodrell
Vous avez peut-être déjà vu le film Winter's bone. Sinon louez-le au plus vite. Woodrell est un gars du Missouri, et la subculture des Monts Ozarks nourrit la plupart de ses livres, dont celui dont on a tiré Winter's bone.
Mais il aussi écrit The Bayou Trilogy dont l'action se passe dans la subculture des petits blancs du Sud Louisianais, dans cette ville qu'il appelle Frogtown. Vous la reconnaîtrez tout de suite si vous avez déjà parcouru les petites routes autour de Lafayette et mangé des écrevisses au patates au bord du bayou dans une famille cajun.
Les critiques américains ont trouvé un nom pour les romans de Daniel Woodrell: "country noir". Une écriture minimaliste qui colle à la réalité des personnages, issus des bas quartiers des villes du sud, des "coonasses" dont l'anglais est parsemé de mots français... comme l'un des gros bras de ces histoires policières, qui a tendance à dire "this is it mon ami", avant d'abattre son homme.
Si on a été élevé dans une littérature à falbalas cousue à l'imparfait du subjonctif, il faut du temps pour trouver la vraie respiration de cette littérature américaine, qui semble au premier abord d'une fatigante platitude. C'est évident avec John Fante, pour La route de Los Angeles ou Mon chien stupide par exemple.
Mais chez Fante le personnage principal est habité par une sorte de mégalomanie rampante, par une volonté desespérée d'exploser le quotidien (conserverie de poisson et femmes stupides dans la route de LA) qui crée un au delà du récit, l'hypothèse d'une vie future. Ce qui est également particulièrement frappant dans La grosse galette de John dos Passos. Il n'y a même pas cela dans The Bayou Trilogy; les personnages sont exactement conformes à leur univers. Nés à Frogtown, ils sont faits pour y mourir, dans l'arrière salle d'un tripot clandestin, où dans le marais voisin.
La force de la trame romanesque de Woodell c'est cette exacte mesure dans toutes les dimensions du livre: les attitudes, le vocabulaire des personnages, leurs aspirations - qui dépassent rarement l'horizon d'une partie de pèche ou du prochain braquage. On ne peut pas dire que l'on n'a pas déjà vu des personnages et des intrigues semblables; on pense avoir déjà lu tout cela vingt fois - et il y a longtemps, chez Jim Thompson ou Chandler -dans différentes combinaisons.
Mais ici le narrateur ne prend aucun recul, ne s'offre (presque) aucune sophistication par rapport à la "réalité" de ce qu'il raconte. Piégé, le lecteur est lui-même incapable de prendre de la distance; il reste collé aux personnages et devient l'un d'entre eux.
Ce qui leur arrive lui arrive... ce qui veut dire que lire Woodrell fait finalement assez mal. Tout ceci n'est pas un mince tour de force quand le matériel narratif utilisé tient à un presque rien entouré de pas grand chose.
Sauf....les descriptions de la nature du bayou, de certains personnages. La phrase épouse alors une structure étrange pour le lecteur européen, le vocabulaire se situe souvent au delà de ce que l'on peut lire d'ordinaire, même si on lit de l'anglais d'Amérique tous les jours toute l'année.
Je ne sais pas si cela paraît magique aux yeux des lecteurs américains, mais je le suppose, puisque James Ellroy à dit de The Bayou Trilogy: "Daniel Woodrel is stone brilliant - a Bayou Dutch Leonard, steeped in rich Louisiana language".
Un exemple, qui se trouve au début du chapitre 12 de Muscle for the wing, le second des trois romans:
"Mother nature was laying down some Law out there in the bayou night, and as befits the order of things, large feathered creatures dove off high branches, swooped low and stuck talons in smaller furry meals, and bandit-eyed coons came stealthily out of hollow logs and glommed finned, scaly chow from the still, brackish shallows, while all those things that slither waited, coiled, for the passing appearance of any prey absentminded, and where the bayou waters butted against land and screened porch overlooked the boggy stage for this food-chain theatricals, Emil Jaddick sat on the arm of the couch and wrapped up a lecture that had been real Type A in tone and content."
Autre exemple, celui d'un dialogue entre Shade le flic et un escroc (en principe) retiré des affaires:
Crook: "There was a time I'd get in your upstairs window and get out again with your RCA TV and your stash of Trojans while you're takin' a two-beer leak. Then one time some citizen didn't nail his gutter in exactly solid and I fell. I was caught, but I woke up knowin' Our Lord real well."
Shade: "Mysterious ways."
Crook: "Cheap nails."
Woodrell vous fatigue d'emblée avec son univers au ras du sol et ses gangsters minables et puis il vous colle une de leur bouteille de bière dans la main, vous assoit dans un de leur fauteuil et là, mon ami, vous êtes cuit.
Tête... de lectures

Les mauvaises habitudes se prennent tôt. Dès l'âge de 14 ans j'ai commencé à lire deux livres par semaine. À la louche, ils sont quelques 5200 livres à tapisser les murs de ma bibliothèque intérieure. Soit environ 1.560. 000 pages, si on compte 300 pages par livre. Un nombre de pages que l'on peut facilement doubler si l'on y ajoute les lectures professionnelles, qui se présentent plutôt sous la forme de rapports ou d'articles qui ont entre cinq et 150 pages. Et j'en dévore facilement une vingtaine par semaine, voire deux fois plus. Aussi dans ma bibliothèque intérieure marche-t-on sur un épais tapis de feuilles A4 ou Lettre US, qui ont fatigué les rouages d'innombrables imprimantes et photocopieuses.
Ces chiffres sont dérisoires comparés à ce qui mériterait d'être lu. Sans compter qu'il y a là dedans quelques centaines de romans policiers qui ne valaient pas l'encre avec laquelle ils étaient imprimés (Mais combien d'autre aussi, qui restent les compagnons chaleureux des heures de rêveries; comme les Cormac McCarthy, les C.J.Box ou les Peter Brown, pour se limiter à un genre bien précis).
Avec le vice propre aux amateurs de livres je les ai pratiquement tous achetés, n'ayant jamais recouru aux services d'une bibliothèque de prêt. Au fil des déménagements j'en ai jeté des tombereaux; ceux que je trouvais surfaits. Les transports en ont égaré quelques dizaines, une bibliothèque dort encore chez des amis en Bourgogne... et bien sûr le reste encombre jusqu'aux couloirs de la maison; il faudra démonter des bibliothèques si nous voulons déplacer certains meubles.
La bonne question est bien sûr.. que reste-t-il de cet encombrement d'écritures dans la mémoire? Il y a longtemps qu'il est devenu impossible de les revisiter tous par la pensée. Mais il est surprenant de voir à quel point la prise en main d'un livre oublié de longtemps ramène à la mémoire une partie de son contenu. Cette capacité à reconnaître ce que l'on a déjà lu est notre meilleure béquille.
L'autre manière de retrouver nos livres tient aux associations d'idées que provoquent les conversations. Rebondissant sur une phrase ou une question entendues, surgit soudainement à la conscience le ton grinçant et pourtant si timide d'une page du Martyr de l'obèse d'Henri Béraud, une phrase sur le métier de traducteur de Valéry Larbaud, un vers de Péguy, une idée de Mircéa Eliade dans Le sacré et le profane, mais aussi une description d'un village africain suffoquant de soleil par Ryszard Kapuscinski dans Ébène, la morgue cynique des premiers grands capitalistes américains, que raconte Robert Warshow dans Wall Street, ou les quatrains mélancoliques qui ferment chaque chapitre du délicieux roman de J.P.Donleavy The beastly beatitudes of Balthasar B.
Et bien sûr, le vrai plaisir tient aux ondes qui s'échappent d'un livre comme les cercles concentriques dessinés sur l'étang par le galet que l'on vient d'y jeter. Le livre auquel on pense en rejoint un autre, puis un autre... Béraud fait penser à Léon Daudet, qui fait penser à Huysmans...Ébène fait penser à l'envoûtant Aux coeur des ténèbres de Joseph Conrad, lequel, par son côté magique, fera penser au Tour d'écrou d'Henry James. Je viens de finir les quatre tomes traduit en Français de la saga médiévale de Martin, The Game of Throne et il me faut absolument aller retrouver les Gormenghast, Titus d'Enfer et Titus errant de Mervyn Peake, une des plus belles oeuvres qui soit sur le thème des châteaux imaginaires.
Fragile voyage, parfois un peu frustrant, puisque l'on n'en est pas encore au point où, ayant pratiquement tout oublié des livres, on pourrait les relire comme neufs, mais déjà si loin d'eux que l'on n'en retrouve plus la substance sans les reparcourir à nouveau.
Pour le reste - ce qui n'étonnera personne - le tableau de la mémoire est pour le principal une ardoise vide de toute trace écrite. Ce dont nous nous souvenons, tant bien que mal, nous enchante, inconscients que nous sommes de tout ce que nous avons oublié.
Jean Rostand disait que l'homme est comme le crapaud. Il apprend vite mais oublie avec célérité. C'est un peu sévère, car l'homme apprend beaucoup et chaque jour un peu plus.
Notre bibliothèque intérieure se prend peu à peu de brumes; alors qu'elle s'agrandit ses rayons un à un s'effacent. Le jésuite Maria Ricci avait mis au point une acrobatique et pénible méthode mnémotechnique pour consolider la mémoire en associant à divers éléments d'une maison un savoir que l'on voulait pouvoir retrouver. J'ai un peu essayé, mais c'est trop ingrat pour un dilettante de mon espèce.
Comme Xavier de Maistre, je me contente d'un et de plusieurs Voyages autour de ma chambre, heureux de ce que j'y trouve à lire et relire, tant et aussi longtemps que le grand silence de l'âge ne refermera pas définitivement mon livre.

