Les 9 phases du changement

« Je suis à fond pour le Progrès; ce que je déteste, c’est le changement » disait Mark Twain avec humour. Nous sommes tous les mêmes : face à l’inconnu, plus souvent des Mark Twain qu’autre chose.

A tête reposée, nous savons qu’il va falloir changer – « évoluer » comme ils disent – et de plus en plus souvent. Pourtant, au fond de nous, une petite voix persiste à répéter qu’un peu de stabilité nous simplifierait bien la vie.

Certes. Mais du beau temps toute l’année et des impôts en diminution constante ce ne serait pas mal non plus. Dans la vraie vie tout change autour de nous, les conditions de la concurrence, les techniques et les produits, les usages qu’en font les consommateurs et leurs attentes. Et chacun sait bien, par expérience, qu’il est préférable de conduire un mouvement que de s’épuiser à le suivre. 

En fait, notre rapport au changement est complexe, nous passons par une succession de phases qu’il est utile de connaître, pour mieux se comprendre et comprendre la réaction des autres autour de nous. Les praticiens du changement, qu’ils soient consultants ou chefs d’entreprise, ont tous fait des observations semblables dans ce domaine. Chacun les nomme à sa façon, les décrit avec plus ou moins de détails, mais l’expérience du changement est globalement la même pour tous.

Passer en revue les 9 étapes que nous avons retenues permet de prendre du recul – de retrouver un peu de jeu, pour employer une expression à double sens – par rapport à nos moments d’exaltation ou de déprime. 

Les conditions envisagées ici sont celles d’un changement inévitable et imposé aux membres d’une équipe ou à toute une entreprise et qui touche à l’organisation du travail, aux méthodes, ou aux technologies employées.

 

Etape 1 – Le mur du Non. Au début, cela commence plutôt mal. La réponse à la question est «Non. Trois fois Non». Notre attachement au passé est entier. Nous sommes crispés et attentistes. Au fond, la question que chacun se pose est «Mais que me veulent-ils vraiment? ».

Etape 2 -  Minimisation . Lorsque nous avons compris ce que l’on attendait de nous, nous avons souvent tendance à minimiser la portée de cette nouveauté. Qui n’a pas entendu la remarque «Tout ça pour en arriver là ? Ca ne changera pas grand-chose en définitive… » Cela revient à dire en substance, "je vais faire ce que vous me demandez, parce que ce que vous me demandez n’a pas grand intérêt et vous allez bientôt vous en apercevoir".

Etape 3 – Dépression/Colère. Ayant compris que le changement est inévitable, nous reconnaissons son existence par la dépression ou la colère. Parfois dans la même journée nous passons du stade « J’aimerais tout casser » au stade « Je n’arrive pas à l’accepter, c’est trop triste. »  C’est la phase du tunnel, où l’on se blesse dans le noir avant de trouver la sortie. La présence de ceux qui nous entoure, famille, amis ou relations de travail peut être un soutien important.

Etape 4 – Résignation. Vient un moment où nous acceptons de subir le changement, «Puisqu’on ne peut rien y faire.. ».  Sous-entendu : "Mais que l’on ne compte pas sur nous pour trouver cela bien…"

Etape 5 – Appropriation. Comme l’abattement et la prostration sont impossibles à vivre durablement sans tomber sérieusement malade, la plupart d’entre nous commençons à nous intéresser, chaque jour un peu plus, au nouvel ordre des choses. Sans l’avouer à soi-même, et encore moins aux autres, nous commençons à ressentir un sentiment de libération. L’inévitable s’est effectivement produit, mais l’horizon est nouveau et peut-être intéressant. Nous expérimentons la nouveauté (qu’il s’agisse d’une nouvelle organisation du travail, de nouveaux rapports hiérarchiques, d’une nouvelle technique) avec une curiosité dépourvue, maintenant, d’arrières-pensées. Nous prenons de la distance par rapport aux imperfections du nouveau modèle, que nous avions si vigoureusement dénoncé hier. Nous envisageons déjà les « correctifs » à mettre en place (sous entendu, par nous) pour que cela marche.

Etape 6 – L’illusion lyrique. Après l’anxiété, l’opposition et la résignation des débuts, survient souvent une période d’euphorie ou d’excitation; le balancier repart dans l’autre sens. Après avoir sous-estimé les vertus du changement, voilà que nous les surestimons. L’équipe déborde d’énergie et d’enthousiasme, mais sa productivité est moins élevée qu’elle ne le croit.

Etape 7 – Déception. Cette phase est presque inévitable. Personne n’a atterri au Paradis, et il faut bien constater que les contraintes du monde réel sont toujours là. La déception dure le temps qu’il nous faut pour comprendre, qu’effectivement, il n’y a jamais de solution miracle.

Etape 8 – Motivation.  Cette fois, nous avons fait le tour du nouveau périmètre de nos activités, des forces nouvelles nées du changement et des limitations qui persistent. Profitons-en, c’est le moment précieux de la motivation raisonnable. Pourvu que ça dure !

Etape 9 – Retour à la routine. Les savants appelleraient cela de l’entropie; disons simplement que la bonne vieille routine nous guette et nous attrape. Celle qui permet de faire son travail en pensant à autre chose, d’économiser son énergie et sa fatigue, de soigner son confort en un mot. La productivité diminue, l’entreprise ou l’organisation s’alourdit et ralentit. 

Il n'est pas difficile de voir à quel point, à chacune de ces étapes, le rôle de l'encadrement, de la direction, peut-être décisif, pour accompagner les phases de replis et laisser le temps faire son oeuvre, pour éviter au groupe et aux individus de s'enfoncer dans une impasse, pour montrer la direction à suivre avec suffisamment d'enthousiasme.

Nous arrivés à l'étape 9. Au dehors, inexplicablement, ils sont toujours aussi nombreux à trouver des nouveaux produits et des nouvelles techniques, à essayer de nouvelles méthodes, à faire mieux et plus vite ce que, peut-être nous n’avons plus tellement envie de faire. 

 Attention, le Progrès arrive.

Posted on dimanche, juillet 5, 2009 at 01:31PM by Registered CommenterAlain-Marie Carron | CommentsPost a Comment

- Généralisation des Technologies de l’Information

Les Nouvelles Technologies de l’Information et des Communications ont marqué la seconde moitié du XXe siècle et radicalement transformé les sociétés industrielles avec, notamment, l’introduction de l’ordinateur personnel et l’arrivée d’Internet. En ce début du XXIe siècle, les experts ne s’attendent pas à autant de ruptures technologiques mais plutôt à un développement plus prévisible des applications, un élargissement des capacités actuelles (pour la vidéo notamment) et une miniaturisation qui accroîtra la mobilité ainsi que la performance des systèmes.

Le fait nouveau et « révolutionnaire » de la décennie qui s’annonce tient plutôt à la généralisation des TIC, qui quittent le domaine des spécialistes pour s’infiltrer dans la vie quotidienne de centaines de millions de personnes et dans le fonctionnement des entreprises.Les individus sont passés de consommateurs à consomauteurs et consomacteurs, particulièrement avec l’apparition de ce que l’on a appelé le Web 2.0. Leur vie en a été changée. La société dans son ensemble est passée à un stade technologique encore plus avancé.

Les TIC ont littéralement transformé le modèle d’affaires de nombreuses entreprises. La nouvelle entreprise sort de sa boîte, pour se rapprocher du modèle de l’entreprise réseau, étroitement connectée à des partenaires plus ou moins lointains, pour sa production ou ses services. Les TIC ont également transformé les relations humaines à l’intérieur de l’entreprise et, à l’extérieur, ses rapports avec les clients et les fournisseurs.

Un phénomène mondial
Entre 2000 et 2008, l’usage d’Internet s’est accru de 406,1 % en Asie (38 pays) et de 258,8 % dans le reste du monde. Les usagers d’Internet sont maintenant près d’un milliard et demi dans le monde, presque 580 millions en Asie et près de 886 millions dans le reste du monde. L’Amérique du Nord compte 248,2 millions d’utilisateurs, l’Europe 384,6 millions.

La vitesse de progression de l’usage d’Internet diffère selon les taux de pénétration. Le fait qu’il soit de 73,6 % en Amérique du Nord contre 15,3 % en Asie indique que la croissance restera extrêmement forte en Asie dans les prochaines années.

L’Asie compte déjà 39,5 % des utilisateurs d’Internet dans le monde, contre 26,3 % pour l’Europe et 17,0 % pour l’Amérique du Nord. Toujours en matière d’usage, les téléphones mobiles de troisième génération sont en passe d’élargir considérablement l’usage d’Internet. Or l’agence des Nations Unies pour les TIC annonçait en septembre dernier que quatre milliards de personnes, soit plus de la moitié de la population de la planète, posséderaient un téléphone mobile à la fin de l’année 2008.

Dans leur rapport de mars 2007, écrit pour la fondation américaine Information Technology and Innovation Foundation et intitulé Understanding the Economic Benefits of the Information Technoloy, Robert D. Atkinson et Andrew S. McKay résumaient ainsi leurs travaux :

« L’apport le plus important des TIC tient à leur impact sur la croissance économique. La diffusion des technologies de l’information (hardware, software et services) a un impact sur la productivité qui est de trois à cinq fois plus élevé que celui des immobilisations dans d’autres domaines que les TIC (bâtiments et machines). En fait, pour ce qui concerne les États-Unis, les TIC ont été responsables des deux-tiers de la croissance de la productivité globale entre 1995 et 2002 et pratiquement de la totalité de la croissance de la productivité du travail.

Les économistes ont observé un impact significatif de la productivité des TIC dans de nombreux pays, comme l’Australie, le Canada, la Finlande, la France, l’Allemagne, la Corée, le Japon, les Pays Bas et la Suisse. De plus, même si l’impact n’est pas aussi fort dans les pays en développement, les TIC y ont quand même influencé la productivité, ne serait-ce que parce que les dépenses en TIC se sont accrues dans ces pays deux fois plus vite entre 1993 et 2001 que pour la moyenne des pays de l’OCDE. Ainsi, en Chine, l’utilisation des TIC a été à l’origine de 38 % de la croissance de la productivité totale et de 1 % de la croissance du PIB ».

 

Le rapport comprend un schéma, reproduit ici, qui constitue en quelque sorte la vision optimiste du rôle des TIC, car plusieurs de ses intitulés peuvent prêter à discussion. Il est vrai que son titre, Des TIC à la Prospérité, est là pour nous prévenir que le phénomène est regardé sous un seul angle.

Des TIC à la prospérité
 



Source : D’après Atkinson et McKay. ITIF - 2007- Voir le schéma en PDF


Le Web 2.0, ou le web participatif
Pour resituer brièvement l’évolution du Web, rappelons que le premier Web, celui que l’on a appelé Web 1.0, était composé de pages statiques, rarement mises à jour. Puis des systèmes de gestion de contenu (CMM – Content Management System) sont apparus, permettant des mises à jour beaucoup plus faciles, produisant et mettant en ligne des pages web dynamiques, créées à la volée à partir d’une base de donnée régulièrement enrichie (on pourrait appeler cela le Web 1.5)

Le Web 2.0 est quant à lui un ensemble de nouvelles applications (ou d’applications qui existaient déjà mais associées différemment) qui permettent plus d’interactions entre les utilisateurs, la création de réseaux sociaux, des contenus créés par les utilisateurs et diffusés sur des supports de différente nature (PC, mobiles, PDA).

Dans le futur, le Web 3.0 sera centré autour du web sémantique, qui permettra une gestion totale du « data world », mixé avec nos bases de données personnelles. Mais les difficultés pour y parvenir sont encore loin d’être surmontées.

Grâce aux fonctionnalités Web 2.0, l’utilisateur peut intervenir dans un contenu en ligne, soit pour recevoir de l’information, soit pour produire sa propre information et la joindre à celle du groupe. L’internaute, de consommateur, devient consomauteur et consomacteur. C’est cela qui change profondément les rapports sociaux, offrant à l’individu une capacité d’expression et de participation qu’il n’avait jamais eu.

Le Président élu Barack Obama s’est fortement appuyé sur les internautes durant sa campagne. Des grandes firmes comme le constructeur automobile Renault donnent la parole à leurs clients sur Internet et à leurs collaborateurs sur des blogs d’entreprise. Serena, une entreprise américaine d’informatique (elle est spécialisée dans la gestion des cycles de vie des applications informatiques pour des grandes firmes comme IBM ou HP) utilise depuis 2007 Facebook comme son intranet, pour ses quelques 900 employés répartis dans 18 pays.

Un jour ou l’autre chaque parent fait cette expérience : ses enfants lui expliquent que « le e-mail est une histoire de vieux », car les échanges de nouvelles se font aujourd’hui naturellement sur MySpace ou Facebook, voire par Twitter.

Globalement, les individus sont aujourd’hui largement en avance sur les entreprises et les organismes publics. Le point le plus important dans l’observation des tendances internationales concernant le Web est de reconnaître l’existence de ce décalage pour ensuite travailler à le réduire, car non seulement le retour en arrière est impossible mais des organisations – publiques ou privées – qui prendraient trop de retard verraient les plus jeunes s’en désintéresser ou s’en éloigner.

Elles concéderaient aussi une avance difficile à combler aux pays émergents qui passent actuellement en quelques années d’un seul téléphone fixe par village à un téléphone mobile (capable de surfer sur Internet) pour un habitant sur deux. Il n’y a sans doute pas beaucoup de tendances socio-économiques plus importantes que celle-ci dans le monde d’aujourd’hui.
Les éléments du Web 2.0

Tout le monde parle des possibilités offertes par le Web 2.0, mais sans forcément avoir l’esprit clair sur ce qu’elles représentent exactement. Pour pouvoir penser cette question, un bref rappel s’impose.

Au niveau de l’interactivité, le Web d’hier, ou Web 1, nous proposait déjà des forums et des blogs. Dans le cas des forums, les responsables du site, ou certains internautes sélectionnés, lancent un sujet de discussion (un thread ou fil de discussion) et chacun peut y aller de son commentaire ou de sa question, commenter l’intervention qui vient d’être « postée » par une autre personne.

Les blogs, dont la montée en puissance n’a pas attendu l’apparition du Web 2.0. On en compte environ 112 millions aujourd’hui, selon le site spécialisé Technorati, qui considère que « 175 000 nouveaux blogs sont créés chaque jour ». Les blogs sont une forme simple de site Internet, sur lequel le propriétaire du site publie des textes et des clips vidéo ou audio. Ces sites offrent la possibilité aux lecteurs de laisser un commentaire sur ce qu’ils viennent de lire. Ils peuvent interpeller l’auteur, qui leur répondra s’il en a envie, ou contester un commentaire posté avant le leur, et l’auteur de ce commentaire peut leur répondre. Comme on le voit, la mécanique est très proche du forum mais, dans le cas des blogs, ce sont souvent de vrais articles, alors que dans le cas des forums, le sujet de discussion est présenté en une ou deux lignes et les interventions sont généralement assez courtes. Dans le domaine des commentaires produits par les internautes, Amazon.com est un précurseur; il y a des années que les internautes peuvent donner leur avis concernant les livres vendus sur le site.

Les réseaux sociaux, comme Facebook (140 millions d’utilisateurs), ou MySpace (110 millions), ou les réseaux sociaux professionnels, comme LinkedIn (21 millions), offrent à l’internaute un mélange de carnet d’adresse, de club de copains, de messageries enrichies par de nombreux gadgets et de carnet personnel où chacun se raconte à qui veut bien le lire. Les adolescents y passent régulièrement une heure par jour, les professionnels y voient un « investissement réseau » qui pourrait servir leurs affaires et certaines DRH utilisent systématiquement les réseaux sociaux soit pour se renseigner sur un candidat, soit pour prospecter. Les univers virtuels, comme Second Life (nombre de pratiquants), restent essentiellement ludiques, même si plusieurs grandes entreprises (Coca Cola, Nike) y ont créé une boutique où y conduisent des expériences marketing.

La vidéo en ligne, comme ce que l’on voit sur le site de YouTube. Le nombre de clips vidéo disponibles sur le site se situe autour de 80 millions; pas loin de 200 000 clips (dont la durée moyenne est de 2 minutes 46) sont mis en ligne sur le site chaque jour. Les internautes peuvent partager et regarder gratuitement des fichiers vidéo et audio sur le site. Les visiteurs peuvent donner leurs opinions sur les documents proposés. Plusieurs classements - en fonction du nombre de liens créés vers un fichier, des commentaires qu’il a suscité ou encore de la note qui lui a été accordée - permettent de prendre la température des intérêts du moment.

Les mashups (mixage en français) sont une des créations les plus spectaculaires du Web 2.0. Il s’agit d’une application Web qui combine du contenu en provenance de différents sites. Ce mélange constitue un service nouveau qui peut être encore enrichi de contenus générés par les utilisateurs. Les plus courants d’entre eux sont ceux qui ont été réalisés à partir de Google Maps. Il s’agit de croiser une partie de la carte Google avec la base de données de votre choix : les concessionnaires Chrysler sur l’île de Montréal, ou l’emplacement des prochaines réunions des amateurs de tango argentin… Certains mashups peuvent être accessibles via une interface mobile, voire même incorporer des briques SMS. Le mashup Naviblog permet de géolocaliser sur une carte Google Maps une photo « mobloguée » (c’est à dire bloguée à partir d’un téléphone cellulaire) et un commentaire sur un lieu précis.

Les podcasts sont des blogs sonores auxquels il est possible de s’abonner. Chaque matin, le commentateur de sa propre vie ou d’un thème d’actualité peut enregistrer chez lui ses quelques minutes d’émission, que vous pourrez entendre sur votre ordinateur ou sur votre iphone. Dans le même ordre d’idée, les vlogs sont des blogs sous forme de vidéos, mais l’appellation podcast tend à s’imposer pour les deux catégories. Les statistiques sont assez éclatées dans ce domaine et il est difficile d’avoir une vue d’ensemble. En 2008, environ 13 % de la population écoutait des podcasts au cours d’un même mois (33 millions d’américains écoutaient la radio sur Internet au cours d’une semaine).

Les flux RSS (pour Really Simple Syndication) est une petite merveille dans notre monde qui croule sous les informations. Il s’agit de la petite icône orange en forme de vagues qui figure sur un très grand nombre de sites aujourd’hui. Elle correspond à une fonction qui permet à l’internaute d’être alerté chaque fois qu’un contenu nouveau est mis en ligne sur le site en question. Des logiciels à télécharger comme Netvibes permettent d’avoir sur l’écran de son ordinateur 10, 20, 50 flux d’information d’origines diverses, qui se mettent à jour en permanence. Néanmoins, l’usage des flux RSS reste encore minoritaire.

Les WIKI, comme le plus connu d’entre eux, Wikipedia. Wikipedia est l’exemple même du Web collaboratif qui permet à chaque internaute de contribuer facilement et rapidement à la publication ou à la modification de contenus. Fondé en 2001, Wikipedia.com a aujourd’hui plus de 2,5 millions d’entrées pour la seule version anglaise (la Britannica sur CD-Rom compte un peu plus de 100 000 entrées). Elle existe dans plus d’une centaine de langues. La vie du site n’est pas anarchique; mises à jour, adoption de nouveaux articles, contestations, tout cela est réglementé par une équipe centrale.

Les Widgets. On peut les considérer comme la contraction des termes « windows » et « gadgets ». Ils recouvrent deux notions distinctes liées à des interfaces graphiques. Ils peuvent être l’élément de base d’une interface graphique (bouton, ascenseur…) ou un widget de bureau, soit un petit outil qui permet d’obtenir des informations (météo, convertisseur...). C’est cette seconde catégorie qui est associée au Web 2.0.

Le Tagging. Ces étiquettes sont de petits textes qui décrivent un concept. Elles sont attachées à un concept et utilisées pour chercher dans un contenu (ex. : un forum, un blog, un annuaire de blogs). Plus une étiquette est utilisée, plus le concept attaché à l’étiquette est présent et a du poids.

Sans entrer dans le détail d’un domaine en évolution et en expansion permanente et qui peut être regardé de différents points de vue, nous avons présenté ci-desssous les principales catégories d’activités propres au Web 2.0 avec les logos de sites qui leur correspondent. Chacun de ces nuages bleus reflète un nouveau mode de vie pour une partie croissante de la population de la planète. Le schéma d'après est une interprétation « Web 2.0 » de la pyramide de Maslow sur les besoins fondamentaux de la personne humaine et l’ordre dans lesquels ils sont satisfaits (source : Frédéric Cozic; aysoon.com).


Pyramide Maslow 2.0

Voir le schéma en PDF



Comment Internet et les TIC changent les entreprises

Dans les années soixante, les grosses unités centrales deviennent essentielles à la vie de l’entreprise. L’ordinateur individuel se répand dans les années 70 puis, dans les années 80, c’est le tour de l’ordinateur portable. Les années 90 correspondent à l’émergence de l’informatique de réseau, en particulier avec Internet. Que se passe-t-il dans les années 2000? La rupture ne vient pas d’une technologie nouvelle mais de la coalition de trois facteurs: puces électroniques, bandes passantes, architecture ouverte.

Les puces électroniques, puissantes et pas chères, communiquant sans fil. Avec elles, les produits vont changer, les rapports entre les usagers et les produits et même les rapports entre les produits vont changer. Quand il y aura des puces communicantes dans tous les objets domestiques et dans toutes les machines de l’usine, les conditions de la concurrence seront une nouvelle fois chamboulées.

L’augmentation rapide de la capacité des bandes passantes qui assure l’essor du commerce en ligne, du téléchargement (vidéos, films), de la télévision sur Internet, de l’interactivité sous toutes ses formes (logiciels de simulation, e-formation). À cet élargissement des « tuyaux » vient s’ajouter une dématérialisation du transfert : succès du WI-FI (et bientôt du WIMAX) et du développement des liaisons par satellites.

L’architecture ouverte – ces programmes informatiques dont le code source est accessible à tous et améliorable en permanence - est une victoire progressive de la créativité et de la simplicité sur les solutions propriétaires.

De l’entreprise « boîte » à l’entreprise « nuage »
Souvenons-nous : l’entreprise des années 70-80 était territoriale et intégrée. L’essentiel des opérations de gestion et de production se faisait dans ses murs. On surveillait ses concurrents immédiats, on gardait un œil sur les concurrents du pays voisins, sans s’inquiéter suffisamment des concurrents lointains.

Ainsi, dans les années 60, on parlait dédaigneusement de la « camelote japonaise ». Mais dans les années 80, les fabricants automobiles japonais produisaient plus vite des véhicules moins chers et plus sûrs que les usines de Detroit. L’internationalisation de la concurrence avait vraiment commencée, constituant la partie la plus visible de la mondialisation. Le marché des produits et des services devenait mondial, grâce à l’essor des transports et des communications, grâce à la circulation des capitaux et des techniques. L’entreprise entrait, bon gré mal gré, dans ce que l’on pourrait appeler une « économie de circulation ».

Cette mondialisation met l’entreprise à rude épreuve, l’obligeant à s’accommoder d’exigences contradictoires. Elle reste locale mais elle devient en même temps locale et globale, soit « glocale ». Cette dispersion physique a fait naître deux tendances lourdes de l’économie d’aujourd’hui : l’apparition de réseaux d’entreprises, qui prennent l’habitude de travailler ensemble, et celle de l’entreprise réseau dont on peut dire qu’elle a toujours, en quelque sorte, « un pied ici et un pied ailleurs ». Dans les deux cas, il devient capital d’améliorer toujours davantage les liaisons entre les différents acteurs de l’entreprise étendue.

Parallèlement aux contraintes imposées à l’entreprise par la mondialisation, les solutions offertes par les TIC n’ont cessé de s’enrichir et de se diversifier. Appelées à la rescousse pour faciliter la vie en réseau, voilà qu’au fil du temps elles transforment ces réseaux en communautés virtuelles de production. On en est encore loin dans la majorité des cas, mais la tendance est là et elle est mondiale.

Le schéma ci-dessous illustre la manière dont les forces de la mondialisation – dont les TIC – ont marqué l’entreprise, l’amenant peu à peu à devenir plus « glocale ».


De l’entreprise «boîte» à l’entreprise «nuage»

 

 Source: Alain-Marie Carron - Voir le schéma en PDF

 

L’entreprise dans l’écosystème Internet
Les échanges qui s’opèrent à travers le protocole IP dans le cadre de l’entreprise ne portent pas que sur des informations simples – comme l’annuaire des employés – mais aussi sur des informations à valeur ajoutée comme, par exemple, l’accès aux manuels d’entretien des machines pour les équipes de maintenance. Et surtout – on a souvent tendance à l’oublier – l’Internet ne transmet pas que des informations, il transmet des instructions opératoires. Il y a un monde entre ces deux types de fonctions.

Ainsi, dans le cas de Genfoot, fabriquant canadien de bottes de pluie, un technicien basé à Modène en Italie modifie avec son ordinateur les réglages d’une machine à commandes numériques qui se trouve sur le plancher de l’usine montréalaise.  Ailleurs, un des dirigeants du groupe international Schneider explique : « Nous pouvons conduire le métro de Lyon à partir d’un simple PC qui se trouve à Boston » (Yolin, 2004).

Internet n’est plus seulement une interface de connexion qui concerne tous les secteurs de l’entreprise, il devient un outil de production pour la plupart des services de ladite entreprise. Internet, intranet, extranet ne sont que les trois visages d’une même réalité.

L’intranet est normalement réservé à des internautes qui font partie de l’entreprise. Mais certains sous-traitants ou distributeurs importants peuvent être considérés comme faisant partie de l’entreprise et, à ce titre, accéder à son intranet. L’extranet relie l’entreprise avec ceux qui se trouvent à l’extérieur. Ce seront ses clients dans ses relations B2B (les clients de son site de e-commerce relèvent quant à eux de l’Internet tout court), ses différents partenaires, des sous-traitants et des fournisseurs.

Dans « Internet et entreprises, mirage ou opportunités », la monumentale enquête permanente qu’il a dirigée de 1997 à 2005 pour le gouvernement français, l’ingénieur général des Mines Jean-Michel Yolin décrit le cas de DCN, grande entreprise française de construction navale militaire. Cet exemple résume assez bien ce que l’on peut attendre de l’économie numérique pour une entreprise. DCN a rendu accessible sur son extranet la maquette numérique d’une frégate en cours de construction (ce qui représente 500 000 objets, pesant 300 gigaoctets). Cela lui a permis d’organiser une visite virtuelle avec des clients restés à Singapour. La même maquette, dans un usage intranet cette fois, lui a permis d’économiser 60 km de câbles sur le bateau (30 %) et de réduire de 90 % les retours en atelier lors de l’implantation des matériels dans la coque. Les applications d’intranet sont donc souvent à la frontière de l’extranet et parfois en liaison avec le site Internet de l’entreprise dédié au e-commerce.

Rappelons succinctement les usages que peut recouvrir la trilogie Internet-intranet-extranet dans une entreprise.

Au premier niveau, le plus souvent rencontré, nous avons un intranet de communication dont les fonctions peuvent être les suivantes : messagerie interne, journal d’entreprise, réseau téléphonique IP, site Web (vitrine ou e-commerce), secrétariat général (remboursement des frais, organisation des déplacements des collaborateurs, gestion des congés), newsletters et système d’alerte.

Sur le plan de la productivité, c’est aux équipes qui sont proches du terrain que cette forme d’intranet est le plus utile, c'est-à-dire les commerciaux sur la route, les techniciens de maintenance, le personnel de chantier. Grâce à cet intranet, les uns et les autres peuvent s’appuyer sur toutes les ressources de l’entreprise, pour résoudre un problème ou répondre aux clients. Un autre avantage opérationnel de ce type d’intranet est qu’il permet de faire remonter rapidement vers l’entreprise des informations importantes : prises de commandes, alerte sur un dysfonctionnement dans le matériel livré, informations sur la concurrence, attentes du marché. L’entreprise peut réagir plus précisément et plus vite, son niveau de professionnalisme augmente parce qu’elle maintient un contact permanent avec son marché.

Au deuxième niveau, l’usage d’un intranet passe de la communication à la production. Quand il se déploie dans tous les domaines où le protocole IP peut jouer un rôle dans la production de biens ou de services, l’intranet devient véritablement le système nerveux de l’entreprise. « Aujourd’hui, comme le disait un CIO de la compagnie Boeing basé à Chicago dans l’enquête Yolin, Boeing c’est 80 % d’infomanagement et 20 % de processus physique ».

Sans qu’il soit possible de donner ici un exemple pour chacun, voici la liste des domaines dans lesquels un intranet de production peut être mis à contribution : réduire les coûts de fonctionnement; aider à la conception de nouveaux produits; servir de liaison dans la conception, la commande, la production; assurer la télémaintenance; développer la relation client (CRM - Customer Relationship Management); intégrer des systèmes de gestion (ERP – Entreprise Resource Planning); réduire les coûts d’achat (supply chain management, l’e-procurement); favoriser l’autonomie des équipes sans perte de contrôle; faciliter les démarches de qualité et de traçabilité; renforcer l’intelligence économique et la veille technologique; fournir des outils experts et de simulation; devenir le « couteau suisse » de la direction des ressources humaines (ERM – Employee Relationship Management; KM - Knowledge Management; e-learning, etc.); changer la vie des techniciens de maintenance; faciliter le télétravail.

Le tableau ci-dessous résume les principales promesses de l’économie numérique pour ce qui concerne les entreprises. Dans chaque cas, on peut considérer que les TIC permettent aujourd’hui de faire mieux, pour moins cher et plus vite.

 

Ce que font les TIC pour l’entreprise

Source : Alain-Marie Carron


L’entreprise dans l’écosystème TIC/Internet
Le tableau suivant dessine ce qu’est aujourd’hui l’entreprise dans ce que nous appelons « l’écosystème TIC/Internet ».

Le premier cercle, au centre, est celui de l’entreprise, avec ses principales fonctions. Le second est en quelque sorte cette membrane perméable qu’est devenu le trio Internet/intranet/extranet, avec les principales catégories de sites Internet. Le troisième cercle est celui des fonctions et métiers profondément touchés par les TIC et qui peuvent se réaliser en tout ou en partie par des réseaux et outils de communication électronique. Au-delà de ce troisième cercle sont mentionnées les principales catégories d’interlocuteurs de l’entreprise.



L’entreprise dans l’éco-système TIC/Internet


Source - Alain-Marie Carron - Voir le schéma en PDF


Posted on vendredi, juin 19, 2009 at 07:15PM by Registered CommenterAlain-Marie Carron | CommentsPost a Comment

Du beau, du bon, du Good

J’ai assez peu de choses à dire sur le site du magazine Good,  qui est plutôt bon signe. Une maquette claire, reposante, facile à utiliser. Il faut aller voir, car quelques clichés ne rendront pas la dynamique du site.

Ce qui est particulièrement intéressant me semble-t-il est la façon dont le site à su déstructurer l’approche éditoriale traditionnelle propre à la presse papier, pour la restructurer dans une ergonomie web convaincante. 

Par rapport aux réflexes papier cela donne bien sûr l’impression de manquer de hiérarchie, d’hésiter entre alignement et juxtaposition ou empilement. Ce qui me paraît très bien pour un blog collectif très ouvert dans sa thématique, sur lequel on arrive le nez au vent, sans a priori, curieux de trouver quelque chose qui nous touche.

Autre élément qui devient un incontournable sur le Web ; l’accroche par l’image, qui agit comme un clignotant avant même qu’on ait lu le titre. Le procédé est devenu très répandu. Sur Good les images sont excellentes, ce qui a un coût. Le web est plein de sites qui multiplient les images en accroche de texte, mais comme on ne peut pas ou ne veut pas payer, ce sont le plus souvent des images nulles et décourageantes.

 

 

Posted on samedi, mai 9, 2009 at 10:34AM by Registered CommenterAlain-Marie Carron | CommentsPost a Comment

Réponse sur Hugo et le Sac du Palais d'été

Une lectrice, Martine Julliard, me demande où l'on peut trouver la lettre de Victor Hugo sur le sac du Palais d'été. Par maladresse, j'ai effacé son commentaire avant de pouvoir lui répondre. Mille excuses.

Je voudrais pouvoir lui dire que j'avais ce texte dans un livre de ma bibliothèque, mais ce n'est même pas le cas. J'ai retrouvé la lettre dans un vieux numéro du Monde Diplomatique, qui lui même l'avait reprise d'un livre paru chez en You Feng en 2003:  Nora Wang, Ye Xin, Wang Lou, Victor Hugo et le sac du Palais d’été, Les Indes savantes

 Voici ce que dit l'éditeur à propos de ce livre : 

"Une lettre est à l'origine de ce livre, reproduite en ouverture. Lettre assez célèbre en Chine : interpellé par un capitaine britannique au lendemain de l'expédition menée par la France et l'Angleterre dans ce pays en 1860, et questionné sur la « quantité d'approbation » qu'il entend donner à l'entreprise, Victor Hugo y condamne publiquement et sans équivoque l'épisode emblématique de cette campagne, le sac du Palais d'Été. L'écrivain est alors en exil à Guernesey; il a fui la France dès les lendemains du coup d'État d'où naît le Second Empire. Cet exil n'a rien d'une retraite : de son refuge insulaire, Hugo ne cessera jamais, jusqu'à la chute de Napoléon III, d'intervenir par la plume et le discours, s'impliquant jour après jour dans de multiples combats - mouvement d'opposition à l'empire, politique européenne, causes humanitaires à travers le monde.

L'écrivain, qui n'a pas vu et ne verra jamais le Palais d'Été, le qualifie néanmoins de « merveille du monde ». Reflet d'une image reçue, lieu commun, en quelque sorte, de l'Europe cultivée depuis le XVIIIe siècle. Assez peu d'Occidentaux ont alors réellement visité la résidence estivale des empereurs Qing; mais en nombre suffisant pour qu'une abondante littérature, lettres, traités et récits de voyageurs, établisse le Yuanmingyuan, par ses dimensions, l'harmonie des reliefs et de la végétation, l'élégance et la richesse des édifices et de leur contenu, comme un modèle, le type même des « jardins chinois »: définition qui inclut toujours, à l'encontre des jardins d'Europe, des éléments bâtis, voire, comme ici, des palais."

 

Posted on vendredi, mai 1, 2009 at 02:30PM by Registered CommenterAlain-Marie Carron | CommentsPost a Comment

Les veines ouvertes de l'Amérique latine

Quand le président vénézuélien Hugo Chavez offre à Barack Obama Las venas abiertas de America Latina, le président américain paraît surpris. Il accepte le livre, la poignée de mains et le crépitement des appareils photos. C’était il y a une semaine environ, au Sommet des Amériques organisé par Obama.

Reflet de la puissance des médias: en deux jours, nous dit La république des lettres sur son site, Les veines ouvertes de l'Amérique latine de l'uruguayen Eduardo Galeano est passé de la 60.000e à la seconde place des ventes sur la librairie en ligne Amazon !

J’ai retrouvé sans peine l’ouvrage dans ma bibliothèque, dans une édition de 1981. Il a été édité en France cette année-là, dans la fameuse collection Terres Humaines, chez Plon. C’est la collection où paru Tristes Tropiques, de Claude Lévi-Strauss, ce qui a fait croire, à tort, qu’il s’agissait d’une collection d’ethnologie uniquement. 

Le livre a été publié pour la première fois en 1971. Salués dans le monde entier par les lecteurs dits « de gauche », mais bien sûr généralement conspué aux Etats-Unis.

 

Les critiques

Voici quelques critiques à son sujet, qui servent encore à le faire vendre en langue espagnole.

« Este libro supera todo lo que yo he jamás leído sobre el tema, y permanecerá a lo largo de los años venideros.  Una obra maestra.  

Carleton Beals "Monthly Review", USA.

Este reportaje-ensayo-mural-obra de artesanía admirable ensambla géneros que andaban dispersos : la historia económica, el relato vital... 

Hugo Neira. "Expreso". Perú.

 El mejor libro sobre nuestro maltratado continente.  

Hernán Invernizzi. "El Cronista Comercial", Argentina.

 Bienvenida sea esta historia de América Latina que recoge los hechos, tiene profundidad teórica y es sumamente legible.  Un excelente trabajo.  

Peter Roman, en "Science and Society",  USA.

Este libro de Galeano es absolutamente imprescindible para todos los intcresados en América Latina. 

"Deutsche Bolkszeitung", Alemania Federal.

Una contribución muy importante a la comprensión del pasado que alimenta un presente ambiguo e incierto.  

Marcel Niedergang, en "Le Monde", Francia.

Un gran escritor y una gran obra, que hoy me parece más actual y necesaria que cuando apareció.

 Jean Ziegler, en "Afrique-Asie", Francia »

 

L'introduction

Et ci-dessous quelques lignes de l’introduction, qui donnent assez bien le ton de l’ouvrage : 

« La division internationale du travail fait que quelques pays se consacrent à gagner, d’autres à perdre. Notre partie du monde, appelée aujourd’hui Amérique Latine, s’est prématurément consacrée à perdre depuis les temps lointains où les Européens de la Renaissance s’élancèrent sur l’Océan pour lui rentrer les dents dans la gorge. (…) L’Amérique latine est le continent des veines ouvertes. Depuis la découverte jusqu’à nos jours, tout s’y est toujours transformé en capital européen ou, plus tard, nord-américain, et comme tel s’est accumulé et s’accumule dans ces lointains centres de pouvoir. »

L’histoire du pillage de l’Afrique par les puissances coloniales a été souvent décrite. Galeano a dressé l’histoire d’un continent qui passe successivement aux mains des Espagnol et des Portugais, puis des Anglais et des Américains.

 

L'arrogance du calculateur

Quelque part vers le milieu du livre, Galeano raconte une anecdote terrible, qui remonte à 1823 :

« En 1823, George Canning, cerveau de l’Empire britannique, en célébrait les triomphes universels. Le chargé d’affaires français dut supporter l’humiliation et le toast : « A vous, la gloire du triomphe suivi du désastre et de la ruine. À nous le trafic sans gloire de l’industrie et la prospérité toujours croissante… Le temps de la chevalerie appartient au passé, celui des économistes et des calculateurs lui a succédé. » Un an plus tard, Canning écrira, à propos de l’Amérique latine : « L’affaire est dans le sac; l’Amérique hispanique est libre ; et si nous ne menons pas trop tristement nos affaires, elle est anglaise.»

Nous sommes tous assez ignorants de l’Histoire qui nous a faite. Curieusement, 80% de nos réflexions et de nos actions s’appuient sur des causalités proches dans le temps alors que, vraisemblablement, 80% de notre mode d’être tient à des causalités nées de l’histoire longue et nous n’en tenons pas compte. Chavez doit avoir quelques qualités cachées sous une masse de défauts, mais il a au moins celle de faire sien le proverbe « N’oublie jamais ».

Posted on vendredi, mai 1, 2009 at 02:09PM by Registered CommenterAlain-Marie Carron in | CommentsPost a Comment
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