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3 rapports sur les TI

Digression apéritive. On les appelaient encore dans un passé récent NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication). Elles ne sont plus nouvelles, mais toujours marquées du sceau de la Communication, bien que le C semble lui aussi avoir déserté le sigle ces derniers temps. Espérons que la technicité des TI ne l’emportera pas.

Les TI ne sont pas une fin mais un moyen et l’information sans communication n’est que «poussière tombée d’un livre dans un crâne vide», pour paraphraser ce qu’Ambrose Bierce disait de la culture. Révérence gardée envers cette noble profession, il y a toujours un danger à abandonner les clés de l’usine à des ingénieurs. Là dessus, il faut toujours revenir à l’excellent livre d’Alan Copper "The inmates are running the asylum» (1999, déjà..) et aux exemples qu’ils donnent d’aberrations ergonomiques ou fonctionnelles crées avec les meilleures intentions du monde. Le livre avait provoqué une chaîne de réactions salutaires, qui a contribué à ouvrir la voie à l’ère du user centered design en matière de conception de site. Toutefois, quand je vois que l’évaluation des sites Internet se limite souvent à du mécanique et du quantitatif je me dis que l’on devrait réimprimer son bouquin et le distribuer gratuitement au coin des rues.

Pour en venir aux sujets du jour, ils sont trois. Trois études qui sortent chaque année à quelques mois de distances, trois briques de connaissances et de réflexions sur les TI .

 « The state of the News Media 2008 », publié pour la cinquième année consécutive par Project for excellence in Journalism, largement financé par la fondation Pew Charitable Trusts.

Le « Rapport 2007-2008 sur l’économie de l’information » publié par l’UNCTAD, la conférence des Nations-Unies sur le Commerce et Développement.

« The digital economy Handbook » publié par  The Progress & Free foundation, dont la  neuvième édition est sorti fin novembre 2007.

L’état des Medias : 2008

D’un an sur l’autre cette précieuse étude prend du poids. Avec plus de 700 pages cette année, on hésite à l’imprimer.  Dans les 13 sections, chacun creusera le sujet qui le concerne le plus. L’état du journalisme aujourd’hui, celui des quotidiens, de l’information sur Internet, des grands réseaux de télévision hertziens, le câble, les magazines, la radio, les médias ethniques, constituent les principaux chapitres.

Les principaux constats de l’étude sont les suivants.

1 - La fréquentation du Web augmente et, pour les patrons de presse, il ne s’agit plus d’un complément mais du  nouveau centre de gravité de l’information. La déclaration de Arthur Ochs Sulzberger Jr. , président de la New York Times Company, est symptomatique : «Je ne sais pas vraiment si nous imprimerons encore le Times dans cinq ans, et savez-vous? Je m’en moque.» Provocateur, désabusé, optimiste? À vous de choisir.

2 – L’année 2007 a été marquée par les fusions acquisitions et les partenariats. MSNBC a acheté Newsvine, ABC a fait alliance avec Facebook, Google avait auparavant avalé Youtube, NewsCorp a acquis MySpace. En ce moment, Yahoo retarde le moment où il devra céder à l’offre d’achat de Microsoft.

3 -  Le Web gonfle et se multiplie, mais le compte n’y est pas, du moins pour ce qui est des sites de nouvelles. Ils croissent moins vite en termes de revenus publicitaires que les autres types de sites. S’ils doivent racheter ou fusionner pour intégrer de  nouvelles fonctionnalités de type Web2.), le retour sur investissement pourrait être aléatoire.

4 – L’innovation est la marque de cette année 2007-2008 et les sites de nouvelles s’y mettent aussi.

5 – De même, ils sont de plus en plus nombreux à s’ouvrir aux contributions venues de l’extérieure et à leur donner une marge d’intervention sur le contenu du site. Il vaut mieux accompagner une tendance à laquelle on ne peut pas s’opposer : on compte déjà plus  de 1500 journaux-citoyens aux Etats-Unis.

6 – Les plus « coincés » semble-t-il aujourd’hui sont les milieux de la publicité, à la fois dépassés par les nouvelles formes que prend le Web et encore attachés à leurs médias traditionnels alors que les producteurs de contenu de ces médias ont eux bien compris que les grands enjeux se trouvaient désormais sur le Web.

Rapport 2007-2008 sur l’économie de l’information

Allons à l’essentiel dans ce rapport onusien; ce que les auteurs décrivent comme «Le nouveau paradigme des TIC ». Celui-ci débouche sur une nouvelle configuration des activités économiques et le rapport insiste pour souligner à quel point la technologie change l’approche du développement, offrant «aux pays en développement de nouvelles perspectives d’insertion dans la chaîne mondiale de valeur et de diversification des activités de production et des exportations.» En termes moins diplomatiques, les bienfaits des nouvelles technologies pour les pays développés, c’est de l’acquis; le monde en développement commence seulement à profiter, mais il va en jouer à fond.

L’ONU voit 6 points fondamentaux dans ce nouveau paradigme des TIC :

1 – Leur impact économique pourrait être plus importants – sur le plan des externalités et des retombées liées à leur utilisation – que leur contribution directe au produit intérieur brut en tant que secteur de production.
2 – Une des externalités les plus importantes est un nouveau mode d’organisation de la production et de la consommation, qui débouche sur une réduction des coûts de transaction et sur une amélioration des communications entre agents économiques.
3 – Le rythme des innovations dans le secteur des TIC a été si rapide que les coûts d’accès à ces technologies ont été considérablement réduits, ce qui a permis de démocratiser le recours aux TIC.
4 – Les TIC ont créé de  nouveaux services : commerce électronique, administration en ligne, etc qui peuvent contribuer à une plus grande efficacité économique.
5 – L’utilisation des TIC exige des compétences : l’enseignement et la formation y joue un rôle encore plus important que dans l’économie « classique ». Il y a bien une économie du savoir.
6 – Les TIC ont donné naissance à de nouveaux modèles de partage des connaissances et à une production collectives d’idées et d’innovations  qui contournent le système des brevets relevant de droits de propriété intellectuelle. Les modèles en libre accès viennent eux aussi faciliter les développement des pays émergents.

The Digital economic factbook offre, sur 180 pages, une jolie  montagne de statistiques. Très complet; du «hardware sector» au commerce électronique, en passant par le secteur des communications et des medias électroniques, jusqu’à une revue mondiale intitulée «The worldwide digital economy». À garder à portée de la main; une inépuisable source de références. Peut aussi servir de somnifère en cas d'insomnie.

Voir aussi sur le technologies de l'information, cette récente entrée du blog de Benoit Marcoux 

Posted on samedi, mars 22, 2008 at 05:17PM by Registered CommenterAlain-Marie Carron in | Comments1 Comment

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Reader Comments (1)

En référence à l’état des médias 2008:
Pour les marketers, le nouveau marketing est un changement de paradigme. Pour l’essentiel du dernier siècle, le marketing a consisté à concevoir de produits qui peuvent être fabriqués à grand volume, annoncés par la diffusion de masse, vendus par des distributeurs et des chaînes nationales, abordables et de qualité correcte. Des produits ordinaires, vendus à des gens ordinaires. La règle de Pareto, le 20/80 était à l’honneur. Évidemment, il y avait des gens plus riches ou plus sophistiqués – les 10% supérieurs – et des gens moins fortunés – les 10% inférieurs. Mais, comme marketer, nous pouvions toujours dire « les films à catastrophe sont aimés » ou « les hommes préfèrent les blondes » et nous avions 80% de chance d’avoir raison – c’est Pareto qui le disait.
Maintenant nous devons accepter le fait que nous faisons face à des individus. Nous ne pouvons plus simplement faire de moyennes sociologiques ou démographiques pour identifier les grands groupes uniformes. Les plus vieux, vous souvenez-vous de "Tout l'monde le fait, tout l'monde le fait, fait le donc: CKAC!” ? Rappelons nous aussi que les gens ne sont pas des Mr. Spock logiques au comportement prévisible. Les individus sont des créatures émotionnelles, bourrées de préjudices, poussées par l’amour propre et la vanité. Ce nouveau client ne s’identifie plus à une masse, une moyenne, mais est centré sur soi-même et sur son attachement à quelques groupes choisis, que ce soit une équipe de courses de bateaux-dragons ou un club de lecture biblique. Et il faut maintenant établir un dialogue avec chacun de ces individus. Et il faut prendre chacune des dimensions de ces individus au sérieux. Sur chacune de ces dimension, des milliers ou des millions d’individus veulent se faire reconnaître et se faire entendre.
Qu’est-ce qui est le plus importants : 5 millions d’individus qui, par petits groupes le long de leurs multiples dimensions, partagent une passion, ou un journaliste de Radio-Canada? Souvent, c’est le journaliste, lecteur assidu de blogues, qui sera en fait influencé par les cris assourdissants des individus et diffusera leur message, en l’amplifiant.
Ce que je dis, essentiellement, c’est que nous devons désapprendre les leçons et les outils marketing du siècle passé, intégrer ces changements, et transformer nos entreprises pour utiliser ce nouveau marketing.

mars 24, 2008 | Unregistered CommenterBenoît Marcoux

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