« Quicken/Intuit : degré zéro du service client | Main | Quand les internautes poussent les marques »

Le Vietghistan d'Obama

On souhaite tous les succès possibles à ce président, après la dégringolade éthique et intellectuelle qu’a représenté la précédente administration américaine. Mais en annonçant l’envoi de 30 000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan et le retrait des troupes US courant 2011, Obama prend un pari qu’il pourra difficilement gagner.

Sans doute ne pouvait-il agir autrement, compte tenu de la force du courant politique néoconservateur et d’une population où les excités de la gâchette sont majoritaires. On ne ramène pas facilement ni rapidement une opinion publique qui a été capable d’élire deux fois un George Bush Jr vers une pratique plus policée des rapports internationaux.

Obama a beaucoup d’avance sur la majorité des électeurs américains, sans parler des appareils politiques – Démocrates comme Républicains – qui se sont fortement « droitisés » ces dix dernières années, ni de la puissante corporation des lobbys, qui manipule la démocratie américaine en toute impunité.

Il aurait été traité de couard s’il avait eu le courage de finir cette guerre impossible. Déjà combattu pour tenter de réformer le système de santé, il ne pouvait sans doute pas ouvrir un autre front en ce moment. Le proverbe le dit bien : «damned if you do, damned if you don’t ».

Je ne vois pas comment une armée qui a besoin d’air conditionné et d’eau propre peut parvenir à l’emporter sur une population de montagnards pasteurs habituée à vivre dans un désert de rocailles. L’usure de l’occupant est garantie, sa démoralisation inévitable, sa couverture du terrain et son contrôle des populations toujours insuffisante.

Dans le journal La Presse du 2 décembre, Michael O’Hanlon, un expert militaire du Brookings Institute a répondu d’une façon involontairement limpide à la question suivante :

-    «  Que pensez-vous de l’analogie entre le Vietnam et l’Afghanistan ? »
-    « C’est une comparaison qui m’agace, même s’il y a un parallèle dérangeant : la corruption des gouvernements locaux et leur faiblesse en général ».

Cet « agacement » qui ne veut pas que l’on revienne sur les causes de la défaite américaine au Vietnam est déjà symptomatique.

Mais notre expert politico-militaire nomme lui-même les pièges qui l’attendent en Afghanistan. La corruption, qui n’a pas été contrôlée en Irak depuis 2003 et ne le sera pas davantage en Afghanistan entre aujourd'hui et 2012. Les divisions claniques et tribales, qui ne seront pas plus aplanies d’ici 2012 que ne le sont les guerres de clans, les conflits ethniques et religieux en Irak.

Quand on pratique des guerres d’invasion, comme les Etats-Unis s’en sont fait une spécialité dans période contemporaine, on peut passer pour un libérateur pendant les six premiers mois ; après on devient un occupant. Et si on est encore là au bout de six ans, on n’est plus qu’une armée perdue.

Quand les américains sont arrivés en Afghanistan, George Bush avait promis un « plan Marshal » pour ce pays. Il avait fait la même promesse avoir envahi l’Irak. On n’a rien vu de tel. Sans redressement de l’économie et réforme de l’éducation il n’y a pas d’amélioration du niveau de gouvernance politique. Les deux prennent des années – souvent des décennies – à se réaliser. A condition qu’on y consacre d’énormes efforts, ce qui n’a pas été le cas des Etats-Unis en Irak ou en Afghanistan.

On voit mal comment Washington pourrait rendre le pays à une classe politique afghane efficace et pas trop corrompue en 2012…

Posted on mercredi, décembre 2, 2009 at 01:06PM by Registered CommenterAlain-Marie Carron in | Comments1 Comment

PrintView Printer Friendly Version

EmailEmail Article to Friend

Reader Comments (1)

De nombreuses réflexions et questions me viennent à l'esprit. Le cout de l'occupation ratée de l'Irak/Afghanistan n'est-t-il pas, paradoxallement un moteur économique important pour les sociétés liées à la défense ? Une des thèse de l'assasinat de JFK est sa volontée de stopper l'engagement U.S. au Viet-Nam, Barak a t-il eu raisonablement peur ? Quid des faucons ? Barack a-t-il pu faire un ménage efficace ds l'administration ? La nécessité de montrer les dents aux Iraniens par le biais d'un engagement militaire afghan ? Dans tous les cas on esperait autre chose sans trop y croire. Esperons maintenant que la reforme de santé puisse aboutir. Pour eux.

décembre 3, 2009 | Unregistered CommenterJerome

PostPost a New Comment

Enter your information below to add a new comment.

My response is on my own website »
Author Email (optional):
Author URL (optional):
Post:
 
Some HTML allowed: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>