Commentaire sur le Vietghistan d'Obama
Jérôme a réagi à ce post.
Je réponds à ses différents points en suivant son texte.
- "De nombreuses réflexions et questions me viennent à l'esprit. Le coût de l'occupation ratée de l'Irak/Afghanistan n'est-t-il pas, paradoxalement un moteur économique important pour les sociétés liées à la défense ?"
Est-ce que l'on peut dire que le "complexe militaro-industriel" remonte à la guerre de Corée ? En tout cas il était trés actif au moment de la guerre de Vietnam; c'est l'une des raisons pour lesquelles Johnson s'est laissé embourber là-bas.
Les néo-conservateurs qui tournaient autour de Bush ont bien profité de la guerre en Irak. Les occasions sont un peu moins nombreuses en Afghanistan (il est plus difficile de tondre un oeuf), sauf à entrer dans le business de la drogue.
La question qui se pose pour l'Amérique après 30 ans de complexe militaro-industriel est celui de la possibilité d'un retour à la normale. Comment réduire la machine de guerre sans se mettre à dos les lobbys, les congressistes ou sénateurs des circonscriptions et Etats où sont implanté les industries de l'armement, mais aussi les syndicats qui sont confrontés à un taux de chômage historique? Les Etats-Unis sans guerre, c'est un peu comme des policiers sans pègre: grave problème de reconversion.
Cela me rappelle ce qu'Emmanuel Todd écrit dans Après l'empire, essai sur la décomposition du système américain, lequel se réfugie, selon lui dans "un militarisme théatral".
"L'action militaire, écrit-il à propos des Etats-Unis, par son niveau d'intensité et de risque, se situe désormais quelque part entre la vraie guerre et le jeu vidéo. On met sous embargo des pays incapables de se défendre, on bombarde des armées insignifiantes. On prétend concevoir et produire des armements de plus en plus sophistiqués, ayant, justement, la précision des jeux vidéos, mais on applique en pratique, à des populations civiles désarmées, des bombardements lourds dignes de la Seconde Guerre mondiale".
- "Une des thèse de l'assasinat de JFK est sa volontée de stopper l'engagement U.S. au Viet-Nam, Barak a t-il eu raisonnablement peur ? Quid des faucons ?"
Mon hypothèse est qu'un recul en Afghanistan ne pouvait tout sinplement pas passer devant l'opinion américaine en ce moment. Quid de demain? Quand à l'assassinat d'un président des Etats-Unis... Il paraît qu'il y a eu des précédents.
- "Barack a-t-il pu faire un ménage efficace dans l'administration ?"
Je ne crois pas. Il ne parvient déjà pas à faire le ménage chez les démocrates. Voir Paul Krugman, L'Amérique que nous voulons pour ce qui est de la droitisation du parti Démocrate.
- "La nécessité de montrer les dents aux Iraniens par le biais d'un engagement militaire afghan ?"
Espérons que les Iraniens seront impressionnés... On voit bien quelle peut-être la double ambition de l'Iran: être libre de ses choix nucléaires et retrouver dans sa région l'influence de jadis. Mais personne, je crois, ne sait si les Iraniens sauront s'arrêter à temps, ce qui est vraiment préoccupant.
Sur la région, je partage le point de vue de Kishore Mahbubani (qui aurait pu devenir secrétaire général des Nations-Unis à la place du passe-muraille Ban Ki Moon, mais il semble que les Etats-Unis s'y soient opposés) dans son livre Le défi Asiatique: "L'Occident est en train de perdre sa capacité à communiquer convenablement avec le monde islamique." L'une des raisons à cela est que l'on donne aux Israéliens la bombe que l'on refuse aux pays voisins et qu'on les absout encore et toujours de leurs efforts pour broyer définitivement le peuple Palestinien.
Plus préoccupant encore:l'hypothèse - récurrente depuis au moins deux ou trois ans - d'une frappe "préventive" américaine contre l'Iran. À moins qu'elle ne vienne d'Israël, comme on l'entend dire à nouveau ces jours-ci.
- "Dans tous les cas on espérait autre chose sans trop y croire. Espérons maintenant que la réforme de la santé puisse aboutir. Pour eux".
Oui. Mais il me semble qu'Obama a fait jusqu'à présent le maximum de ce qu'il pouvait faire. Il exploite ce que les Chinois appellent "le potentiel de situation". Quand cela ne passe pas, il ne faut pour autant que ça casse.


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