Les veines ouvertes de l'Amérique latine
Quand le président vénézuélien Hugo Chavez offre à Barack Obama Las venas abiertas de America Latina, le président américain paraît surpris. Il accepte le livre, la poignée de mains et le crépitement des appareils photos. C’était il y a une semaine environ, au Sommet des Amériques organisé par Obama.
Reflet de la puissance des médias: en deux jours, nous dit La république des lettres sur son site, Les veines ouvertes de l'Amérique latine de l'uruguayen Eduardo Galeano est passé de la 60.000e à la seconde place des ventes sur la librairie en ligne Amazon !
J’ai retrouvé sans peine l’ouvrage dans ma bibliothèque, dans une édition de 1981. Il a été édité en France cette année-là, dans la fameuse collection Terres Humaines, chez Plon. C’est la collection où paru Tristes Tropiques, de Claude Lévi-Strauss, ce qui a fait croire, à tort, qu’il s’agissait d’une collection d’ethnologie uniquement.
Le livre a été publié pour la première fois en 1971. Salués dans le monde entier par les lecteurs dits « de gauche », mais bien sûr généralement conspué aux Etats-Unis.
Les critiques
Voici quelques critiques à son sujet, qui servent encore à le faire vendre en langue espagnole.
« Este libro supera todo lo que yo he jamás leído sobre el tema, y permanecerá a lo largo de los años venideros. Una obra maestra.
Carleton Beals "Monthly Review", USA.
Este reportaje-ensayo-mural-obra de artesanía admirable ensambla géneros que andaban dispersos : la historia económica, el relato vital...
Hugo Neira. "Expreso". Perú.
El mejor libro sobre nuestro maltratado continente.
Hernán Invernizzi. "El Cronista Comercial", Argentina.
Bienvenida sea esta historia de América Latina que recoge los hechos, tiene profundidad teórica y es sumamente legible. Un excelente trabajo.
Peter Roman, en "Science and Society", USA.
Este libro de Galeano es absolutamente imprescindible para todos los intcresados en América Latina.
"Deutsche Bolkszeitung", Alemania Federal.
Una contribución muy importante a la comprensión del pasado que alimenta un presente ambiguo e incierto.
Marcel Niedergang, en "Le Monde", Francia.
Un gran escritor y una gran obra, que hoy me parece más actual y necesaria que cuando apareció.
Jean Ziegler, en "Afrique-Asie", Francia »
L'introduction
Et ci-dessous quelques lignes de l’introduction, qui donnent assez bien le ton de l’ouvrage :
« La division internationale du travail fait que quelques pays se consacrent à gagner, d’autres à perdre. Notre partie du monde, appelée aujourd’hui Amérique Latine, s’est prématurément consacrée à perdre depuis les temps lointains où les Européens de la Renaissance s’élancèrent sur l’Océan pour lui rentrer les dents dans la gorge. (…) L’Amérique latine est le continent des veines ouvertes. Depuis la découverte jusqu’à nos jours, tout s’y est toujours transformé en capital européen ou, plus tard, nord-américain, et comme tel s’est accumulé et s’accumule dans ces lointains centres de pouvoir. »
L’histoire du pillage de l’Afrique par les puissances coloniales a été souvent décrite. Galeano a dressé l’histoire d’un continent qui passe successivement aux mains des Espagnol et des Portugais, puis des Anglais et des Américains.
L'arrogance du calculateur
Quelque part vers le milieu du livre, Galeano raconte une anecdote terrible, qui remonte à 1823 :
« En 1823, George Canning, cerveau de l’Empire britannique, en célébrait les triomphes universels. Le chargé d’affaires français dut supporter l’humiliation et le toast : « A vous, la gloire du triomphe suivi du désastre et de la ruine. À nous le trafic sans gloire de l’industrie et la prospérité toujours croissante… Le temps de la chevalerie appartient au passé, celui des économistes et des calculateurs lui a succédé. » Un an plus tard, Canning écrira, à propos de l’Amérique latine : « L’affaire est dans le sac; l’Amérique hispanique est libre ; et si nous ne menons pas trop tristement nos affaires, elle est anglaise.»
Nous sommes tous assez ignorants de l’Histoire qui nous a faite. Curieusement, 80% de nos réflexions et de nos actions s’appuient sur des causalités proches dans le temps alors que, vraisemblablement, 80% de notre mode d’être tient à des causalités nées de l’histoire longue et nous n’en tenons pas compte. Chavez doit avoir quelques qualités cachées sous une masse de défauts, mais il a au moins celle de faire sien le proverbe « N’oublie jamais ».


Reader Comments (1)
Tres intiresno, gracias