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<!--Generated by Squarespace Site Server v5.9.2 (http://www.squarespace.com/) on Wed, 10 Mar 2010 03:18:53 GMT--><rss xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" version="2.0"><channel><title>Blog</title><link>http://amcarron.net/blog/</link><description></description><lastBuildDate>Sun, 07 Feb 2010 19:58:26 +0000</lastBuildDate><copyright></copyright><language>fr-FR</language><generator>Squarespace Site Server v5.9.2 (http://www.squarespace.com/)</generator><item><title>Le Focus Stratégique Québec 2010</title><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Sun, 07 Feb 2010 19:53:51 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2010/2/7/le-focus-strategique-quebec-2010.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:6599987</guid><description><![CDATA[<p>Le 22 avril prochain, quelques centaines de personnes - pour la plupart des d&eacute;cideurs du monde des affaires - vont se r&eacute;unir &agrave; Montr&eacute;al pour chercher les pistes de solution qui permettront au Qu&eacute;bec de faire face &agrave; ses principaux enjeux.</p>
<p>Les Qu&eacute;b&eacute;cois, comme dirait Vigneault <em>"ce sont gens de paroles et gens de causeries"</em> et ils ne se privent pas de se concerter tout au long de l'ann&eacute;e dans des s&eacute;minaires, conventions, congr&egrave;s, commissions, tables rondes, ateliers, retraites strat&eacute;giques, "lac &agrave; l'Epaule", etc... Les analyses ne manquent pas, mais les recommandations, quand elles ne sont pas trop timides pour &ecirc;tre efficaces, sont rarement concr&eacute;tis&eacute;es.</p>
<p>Le Focus Strat&eacute;gique Qu&eacute;bec 2010 se veut diff&eacute;rent: il est pr&eacute;par&eacute; depuis des mois par des chefs d'entreprises (leader de grandes soci&eacute;t&eacute;s ou jeunes patrons de PME), des universitaires et des experts.</p>
<p>Chacun a "fait ses devoirs", comme on peut s'en rendre compte sur le sit&eacute; d&eacute;di&eacute; au <a href="http://www.focusstrategique.com/" target="_blank">Focus Strat&eacute;gique&nbsp;</a> (http://www.focusstrategique.com/); en suivant des phases pr&eacute;paratoires qui s'inspirent des missions de planification strat&eacute;giques que la firme SECOR (co-organisatrice de l'&eacute;v&egrave;nement avec la Chambre de Commerce de Montr&eacute;al) r&eacute;alise pour ses clients.</p>
<p>Le 10 f&eacute;vrier les organisateurs donneront la liste des enjeux qui auront &eacute;t&eacute; retenus comme prioritaires et sur lesquels les participants &agrave; l'&eacute;v&egrave;nement du 22 avril concentreront leurs efforts.</p>
<p>Ce jour l&agrave;, ils veulent que leurs travaux d&eacute;bouchent sur un Manifeste, un plan d'action pr&eacute;cis sur des enjeux concrets. La mise en oeuvre des solutions propos&eacute;es - ou leur enlisement - sera suivie tout au long de l'ann&eacute;e 2010, pour &ecirc;tre reprise et amplifi&eacute;e au cours d'un &eacute;v&egrave;nement semblable en 2011.</p>
<p>Il est assez rare que le monde des affaires s'engage &agrave; ce point dans un projet qui, s'il est &agrave; dominante &eacute;conomique, est in&eacute;vitablement aussi un projet de soci&eacute;t&eacute;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span class="full-image-block ssNonEditable"><span><img src="http://amcarron.net/storage/focusstrategique500.jpg?__SQUARESPACE_CACHEVERSION=1265572521650" alt="" /></span></span></p>
<p>Le d&eacute;veloppement de la soci&eacute;t&eacute; qu&eacute;b&eacute;coise a &eacute;t&eacute; extraordinaire au cours des deux derni&egrave;res g&eacute;n&eacute;rations. Il a fallu pour cela de l'audace et du travail, le tout soutenu par des richesses naturelles exceptionnelles et la proximit&eacute; de ce qui est encore le premier march&eacute; de la plan&egrave;te.</p>
<p>Comme d'autres soci&eacute;t&eacute;s d&eacute;velopp&eacute;es et confortables, le Qu&eacute;bec h&eacute;site aujourd'hui entre complaisance et volont&eacute; de progresser.</p>
<p>La productivit&eacute; ici cro&icirc;t moins vite que celle des Etats-Unis ou d'autres pays de l'OCDE. La Chine est pass&eacute;e devant le Canada comme premier pays exportateur vers les Etats-Unis et l'&eacute;cart se creuse. Alors que la consommation aux Etats-Unis (notre principal d&eacute;bouch&eacute;) v&eacute;g&egrave;te, celle des pays &eacute;mergents augmente, pendant que leur production et leur agressivit&eacute; commerciale s'envolent.</p>
<p>Alors que <em>"tout va bien"</em> dans ce pays o&ugrave; il fait bon vivre et qui est heureusement prot&eacute;g&eacute; des principaux troubles que conna&icirc;t la plan&egrave;te, <em>"tout va de mieux en mieux"</em> chez les autres : Chine, Inde, Indon&eacute;sie, Vietnam, Br&eacute;sil, etc. Tant mieux pour eux, mais le Qu&eacute;bec prend peu &agrave; peu du retard par rapport &agrave; un monde qui va de plus en plus vite.</p>
<p>Pour le moment les signaux d'alerte sont encore faibles et l'autosatisfaction domine. Les gens d'affaires, qui ont autant d'ambition pour leur pays que pour leurs entreprises, sont mieux plac&eacute;s que d'autres pour les percevoir. Ce qui explique sans doute qu'ils s'impliquent &agrave; fond dans cet exercice stat&eacute;gique, en insistant pour que la parlotte soit tr&eacute;s vite remplac&eacute;e par l'action.</p>
<p>Bonne chance &agrave; nous tous.</p>
<p><em>P.S. M&ecirc;me s'il est sinc&egrave;re, ce petit billet n'a pas la pr&eacute;tention d'&ecirc;tre objectif. SECOR est mon employeur principal et j'ai la responsabilit&eacute; du site Focusstrat&eacute;gique.com.</em></p>
<p>﻿</p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-6599987.xml</wfw:commentRss></item><item><title>Fractales</title><category>Images</category><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Sat, 09 Jan 2010 15:49:26 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2010/1/9/fractales.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:6278096</guid><description><![CDATA[<p><span class="full-image-block ssNonEditable"><span><img src="http://amcarron.net/storage/universe_nasa.jpg?__SQUARESPACE_CACHEVERSION=1263052212083" alt="" /></span></span></p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-6278096.xml</wfw:commentRss></item><item><title>Impossibles guerres coloniales</title><category>Politiques</category><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Sun, 03 Jan 2010 19:15:59 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2010/1/3/impossibles-guerres-coloniales.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:6210436</guid><description><![CDATA[<p>Winston Churchill a 20 ans et regrette d&rsquo;&ecirc;tre n&eacute; trop tard pour pouvoir se battre contre les arm&eacute;es napol&eacute;oniennes. <em>&laquo;Par bonheur, toutefois,</em> &eacute;crira-t-il bien apr&egrave;s dans <em>Mes jeunes ann&eacute;es</em>, <em>il y avait encore des sauvages et des populations barbares. Il y avait les Zoulous et les Afghans, ainsi que les derviches du Soudan. Certains d&rsquo;entre eux, pour peu qu&rsquo;ils fussent bien dispos&eacute;s, pourraient bien s&rsquo;agiter un jour<a href="#_ftn1">[1]</a>.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>De fait, le petit fils du duc de Marlborough pourra promener son humour cynique et son courage sur des th&eacute;&acirc;tres (le mot est bien choisi) d&rsquo;op&eacute;rations coloniaux, en Inde, au Soudan, &agrave; Cuba.&nbsp;</p>
<p>La gen&egrave;se de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l participe du m&ecirc;me esprit colonialiste. Dans les ann&eacute;es 1880, lorsque le mot sionisme devient d&rsquo;usage courant, si le besoin d&rsquo;un ancrage territorial sous la forme d&rsquo;un Etat Nation juif est clairement ressenti, sa localisation reste ouverte aux yeux m&ecirc;mes des sionistes. L&rsquo;Ouganda, l&rsquo;Argentine, puis Madagascar ou la Syrie sont un moment envisag&eacute;s.</p>
<p>Aucun de ces pays n&rsquo;&eacute;tait <em>&laquo;une terre sans peuple pour un peuple sans terre&raquo;&nbsp;</em>; &agrave; moins que l&rsquo;on ne partage &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de leurs populations l&rsquo;opinion qu&rsquo;avait le jeune Churchill sur les Afghans et les Zoulous. Or cette vision est celle du leader sioniste Cha&iuml;m Weizmann (pr&eacute;sident de l&rsquo;organisation sioniste mondiale &agrave; partir de 1920) lorsqu&rsquo;il &eacute;crit le 30 mai 1918 &agrave; Lord Balfour (la D&eacute;claration Balfour a &eacute;t&eacute; sign&eacute;e le 17 novembre 1917) pour se plaindre qu&rsquo;en Palestine les Britanniques fassent tout <em>&laquo;comme s&rsquo;il existait un peuple arabe en Palestine<a href="#_ftn2">[2]</a>&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>L&rsquo;histoire des peuples est l&rsquo;histoire des repr&eacute;sentations qu&rsquo;ils ont d&rsquo;eux-m&ecirc;mes. Les hommes ont toujours eu de la difficult&eacute; &agrave; se repr&eacute;senter &laquo;l&rsquo;Autre&raquo; comme un humain qui leur soit &eacute;gal. En 1899, les dignitaires arabes de J&eacute;rusalem &eacute;crivent &agrave; Theodor Herzl, pour qu&rsquo;il renonce &agrave; son projet&nbsp;: <em>&laquo;Il existe de par le monde des terres vides qui pourraient accueillir les Juifs malheureux&hellip; Au nom de Dieu, laissez la Palestine tranquille&hellip;&raquo;</em></p>
<p>L&rsquo;histoire ne dit pas si les dignitaires de J&eacute;rusalem consid&eacute;raient l&rsquo;Ouganda ou Madagascar comme des &laquo;&nbsp;terres vides&nbsp;&raquo;<a href="#_ftn3">[3]</a>. Le sort r&eacute;serv&eacute; aux aborig&egrave;nes en Australie, aux Bochimans en Afrique du Sud, aux Indiens en Am&eacute;rique du Nord a montr&eacute; qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de terres vides, &agrave; moins qu&rsquo;elles ne soient invivables.</p>
<p>Weizmann partage un pr&eacute;jug&eacute; colonial qui est &agrave; l&rsquo;&eacute;poque &laquo;politiquement correct&raquo;&nbsp; et consid&egrave;re comme une &eacute;vidence que les populations arabes rest&eacute;es en Palestine pendant deux mille ans ne peuvent constituer un peuple&nbsp;; alors que les diasporas juives dispers&eacute;es &agrave; travers le monde en constituent un.</p>
<p>Il ne faut pas s&rsquo;&eacute;tonner que les populations arabes de Palestine aient eu une autre repr&eacute;sentation du monde. Le premier heurt violent entre arabes de Palestine et colons juifs a lieu le 29 mars 1886, quand des villageois arabes de Yahudia attaquent Petah Tiqvah, la plus ancienne implantation juive moderne (1878) en Palestine. Cent vingt quatre ans apr&egrave;s, en 2010, la colonisation juive de certains territoires suppos&eacute;s appartenir aux Palestiniens se poursuit et ceux-ci continuent de r&eacute;agir comme un peuple que l&rsquo;on voudrait coloniser contre son gr&eacute;.</p>
<p>N&eacute; aux temps du colonialisme triomphant, l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l a vu se refermer sur lui le pi&egrave;ge que constitue cette erreur d&rsquo;appr&eacute;ciation originelle. Sur son avenir, je partage l&rsquo;opinion de Guy Sorman qui, dans <em>Les enfants de Rifaa<a href="#_ftn4">[4]</a></em>, consid&egrave;re comme in&eacute;vitable la fin d&rsquo;Isra&euml;l en tant qu&rsquo;Etat tel qu&rsquo;on le conna&icirc;t aujourd&rsquo;hui. Juif lui-m&ecirc;me, Sorman s&rsquo;est fait vilipend&eacute; par les &eacute;ditorialistes d&rsquo;origine juive de la presse fran&ccedil;aise. Mais <em>&laquo;les faits sont t&ecirc;tus&nbsp;<a href="#_ftn5">[5]</a>&raquo;</em> comme disait L&eacute;nine. Et &agrave; moins d&rsquo;un retournement de situation que personne ne voit venir, je crains qu&rsquo;ils ne lui donnent raison &agrave; long terme.</p>
<p>Car le contexte g&eacute;opolitique a chang&eacute;. Le d&eacute;veloppement de l&rsquo;information fait qu&rsquo;il est devenu pratiquement impossible d&rsquo;&eacute;craser compl&egrave;tement des populations civiles, m&ecirc;me en pr&eacute;textant que des combattants s&rsquo;y cachent. Et, visiblement, la solution qui consiste &agrave; les &eacute;touffer peu &agrave; peu ne marche pas. C&rsquo;est ce que tente de faire l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l avec les Palestiniens, au risque de devenir aussi impopulaire dans l&rsquo;opinion internationale que l&rsquo;&eacute;tait devenu George W. Bush comme pr&eacute;sident des Etats-Unis.</p>
<p>L&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l poss&egrave;de pourtant l&rsquo;arme nucl&eacute;aire et une &eacute;crasante puissance de feu&hellip; mais cela ne lui permet pas de l&rsquo;emporter dans la guerre coloniale qu&rsquo;il m&egrave;ne contre les Palestiniens.</p>
<p><strong>La Force vaincue par le Temps</strong></p>
<p>Car sur le terrain, la nature des affrontements arm&eacute;s a chang&eacute;. Nous sommes au temps des <em>&laquo;insurg&eacute;s</em> <em>innovants&nbsp;&raquo;</em> comme le d&eacute;montrent Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balencie, dans <em>Les guerres b&acirc;tardes<a href="#_ftn6">[6]</a></em>&nbsp;; que les auteurs ont sous-titr&eacute; &laquo;<em>Comment l&rsquo;Occident perd les batailles du XXIe si&egrave;cle</em>&raquo;.</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Voici donc, </em>&eacute;crivent-t-ils<em>, l&rsquo;Am&eacute;rique oblig&eacute;e de livrer les seules batailles qu&rsquo;elle peut perdre&nbsp;&raquo;.</em> Ils d&eacute;montrent assez clairement qu&rsquo;on peut mettre n&rsquo;importe quel nom d&rsquo;Etat ou d&rsquo;organisation internationale &agrave; la place du mot "Am&eacute;rique" ;&nbsp; Isra&euml;l ou OTAN par exemple. Qu&rsquo;elles aient lieu en Palestine, au Liban, en Irak ou en Afghanistan, ces guerres dites <em>&laquo;de quatri&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration &raquo;</em> (4GW &ndash; <em>Fourth Generation Warfare</em>) ont des caract&eacute;ristiques communes. Les auteurs analysent avec pr&eacute;cision les nouvelles armes et les nouvelles tactiques que les <em>&laquo;insurg&eacute;s innovants&nbsp;&raquo;</em> mettent au point, prenant toujours un temps d&rsquo;avance sur les arm&eacute;es r&eacute;guli&egrave;res, pour des budgets d&eacute;risoires.</p>
<p>Je vous renvoie sur ce point &agrave; la lecture de leur livre, pour ne retenir ici que ce qui me para&icirc;t &ecirc;tre la caract&eacute;ristique fondamentale des ces <em>&laquo;guerres b&acirc;tardes&raquo;</em>: l&rsquo;efficacit&eacute; de l&rsquo;ennemi repose <em>&laquo;sur le contournement dans la dur&eacute;e de la puissance de l&rsquo;adversaire&nbsp;</em>&raquo;.</p>
<p>Nous sommes en face d&rsquo;une forme &eacute;volu&eacute;e d&rsquo;insurrection, selon le colonel des Marines Thomas X. Hammes, th&eacute;oricien de la 4GW, qui &laquo;<em>utilise tous les r&eacute;seaux disponibles &ndash; politiques, &eacute;conomiques, sociaux et militaires &ndash; pour convaincre les d&eacute;cideurs adverses que leurs objectifs strat&eacute;giques sont, soit irr&eacute;alisables, soit trop co&ucirc;teux &agrave; atteindre compar&eacute;s au b&eacute;n&eacute;fices initialement envisag&eacute;s&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Les deux auteurs expliquent bien comment seule compte en d&eacute;finitive la perception du d&eacute;roulement de la crise par les opinions publiques. Le Fort peut se pr&eacute;valoir de sa victoire sur le terrain et pourtant ne jamais gagner si le Faible refuse de reconna&icirc;tre sa d&eacute;faite: <em>&laquo;La preuve en est fournie tous les jours &agrave; Gaza, </em>&eacute;crivent-ils,<em> o&ugrave;, en d&eacute;pit de sa sup&eacute;riorit&eacute; incontestable Tsahal ne peut aucunement remporter une victoire militaire d&eacute;finitive, une des nombreuses factions palestiniennes &eacute;tant toujours en mesure de tirer approximativement une salve de roquettes artisanales contre le territoire isra&eacute;lien&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p>Dans ces guerres le rapport au temps est &agrave; l&rsquo;avantage du Faible. Comme le dit le strat&egrave;ge am&eacute;ricain Andrew Krepinevitch, les soldats am&eacute;ricains sont <em>&laquo;des sprinters qui ont &eacute;t&eacute; amen&eacute; &agrave; faire un marathon&nbsp;</em>&raquo;. Le ma&icirc;tre mot des insurg&eacute;s n&rsquo;est plus la destruction ou la conqu&ecirc;te mais la perturbation. Les forces occidentales peuvent gagner ponctuellement sur le plan militaire, mais l&rsquo;histoire r&eacute;cente montre qu&rsquo;elles perdent la paix. La deuxi&egrave;me phase d&rsquo;un conflit &ndash; qu&rsquo;on n&rsquo;ose m&ecirc;me plus appeler &laquo;&nbsp;stabilisation&nbsp;&raquo; tourne in&eacute;vitablement au cauchemar: <em>&laquo;L&rsquo;Am&eacute;rique en Irak, l&rsquo;OTAN en Afghanistan, </em>&eacute;crivent De la Grange et Balencie<em>, occupent sans contr&ocirc;ler, sans avoir les moyens de d&eacute;velopper, de p&eacute;renniser l&rsquo;action de s&eacute;curit&eacute; initiale&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p>Pour compenser cette asym&eacute;trie d&rsquo;un genre nouveau qui joue en faveur du Faible, les dollars ne servent &agrave; rien. On n&rsquo;ach&egrave;te pas le temps, ni le c&oelig;ur des populations civiles si l&rsquo;on n&rsquo;est pas capable d&rsquo;appara&icirc;tre comme des bienfaiteurs ou, &agrave; tout le moins, des reconstructeurs. Les auteurs notent que pour r&eacute;ussir la phase de &laquo;&nbsp;stabilisation&nbsp;&raquo; les arm&eacute;es d&rsquo;occupation devraient s&rsquo;imposer un changement d&rsquo;attitude auquel elles ne sont pas pr&eacute;par&eacute;es. Elles devraient &ecirc;tre capables de passer &laquo;<em>dans des d&eacute;lais tr&egrave;s brefs, d&rsquo;une posture militaire classique (privil&eacute;giant la man&oelig;uvre et le choc) &agrave; une fonction&nbsp; &laquo;&nbsp;d&rsquo;ing&eacute;nierie sociale&nbsp;&raquo; comme tentent de le faire en Afghanistan, avec un succ&egrave;s relatif, l&rsquo;US Army et l&rsquo;OTAN avec les Provincial Reconstruction Teams&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p>Dans ses interventions en Irak et en Afghanistan, l&rsquo;Occident &agrave; promis des &laquo;&nbsp;plans Marshall&nbsp;&raquo; qui&nbsp; n&rsquo;ont jamais vu le jour, pour lesquels on n&rsquo;a jamais trouv&eacute; l&rsquo;argent n&eacute;cessaire. Aucune chance dans ces conditions que les militaires occidentaux puissent appara&icirc;tre pour autre chose que ce qu&rsquo;ils sont: des forces d&rsquo;occupation qui tuent vos voisins sous pr&eacute;texte d&rsquo;assurer votre s&eacute;curit&eacute;.</p>
<p>Pourquoi les arm&eacute;es occidentales se trouvent-elles embourb&eacute;es dans ces petites guerres sales (la situation en&nbsp; Palestine &eacute;tant d&rsquo;un autre ordre)&nbsp;? Pour ce que nos deux auteurs appellent des <em>&laquo;conflits d&rsquo;acc&egrave;s&raquo;</em>; ce qui est une autre mani&egrave;re de nommer des guerres coloniales. Acc&egrave;s &agrave; des minerais de plus en plus rares, &agrave; des ressources &eacute;nerg&eacute;tiques, &agrave; des points de passages, demain &agrave; des ressources en eau o&ugrave; acc&egrave;s aux for&ecirc;ts. On peut &eacute;tendre le concept &agrave; l&rsquo;interdiction de l&rsquo;acc&egrave;s: &agrave; l&rsquo;arme nucl&eacute;aire, &agrave; l&rsquo;espace ou &agrave; certaines zones maritimes.</p>
<p>L&rsquo;avenir nous r&eacute;serve peut-&ecirc;tre des conflits majeurs et massifs. Mais il faudrait au moins convenir que la guerre coloniale de type classique est devenue impossible &agrave; gagner.</p>
<p>L&rsquo;id&eacute;e de s&rsquo;entendre avec les peuples qui d&eacute;tiennent les ressources que nous convoitons&nbsp; est peut-&ecirc;tre une id&eacute;e neuve qui vaut la peine qu&rsquo;on l&rsquo;examine. Car pendant ce temps la Chine ach&egrave;te l&rsquo;Afrique sans livrer bataille (7).</p>
<hr size="1" />
<p><a href="#_ftnref">[1]</a> Winston Churchill, <em>Mes jeunes ann&eacute;es</em>. Tallandier. 2010. 478 pages.</p>
<p><a href="#_ftnref">[2]</a>&nbsp; Cit&eacute; dans le remarquable et synth&eacute;tique livre d&rsquo;Alexandre Defay, <em>G&eacute;opolitique du Proche-Orient</em>. Que sais-je&nbsp;? PUF. 2006.</p>
<p><a href="#_ftnref">[3]</a> Cit&eacute; par Guy Sorman dans <em>Les enfants de Rifaa</em>.</p>
<p><a href="#_ftnref">[4]</a> Guy Sorman, <em>Les enfants de Rifaa</em>. Fayard, 2003. 372 pages</p>
<p><a href="#_ftnref">[5]</a> Aux environs du 17 octobre 1917, L&eacute;nine &eacute;crit une &laquo;&nbsp;<em>Lettre aux camarades</em>&nbsp;&raquo;, qui para&icirc;tra dans le journal Rabotchi Pout. Il utilise &agrave; plusieurs reprise cette petite phrase dans ce texte. Elle est souvent cit&eacute;e bien que peu de gens aient lu le texte d&rsquo;origine dans sa traduction en Fran&ccedil;ais. On la trouve &agrave; <a href="http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171017.htm">http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171017.htm</a>&nbsp;</p>
<p>Mark Twain est &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une phrase similaire, qu&rsquo;il devait destiner aux &eacute;conomistes: <em>&laquo;Les faits sont t&ecirc;tus. Il est plus facile de s&rsquo;arranger avec les statistiques&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p><a href="#_ftnref">[6]</a>&nbsp; Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balencie, <em>Les guerre b&acirc;tardes</em>. Collection Tempus, Payot, 2009 (2008 pour la premi&egrave;re &eacute;dition).</p>
<p>(7)&nbsp; En 1999, le montant des &eacute;changes entre la Chine et l'Afrique s'&eacute;levait &agrave; 6,5 milliards de dollars. En 2008, il a atteint 106,8 milliards. (China's African Challenges, Sarah Raine. Routledge,2009)</p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-6210436.xml</wfw:commentRss></item><item><title>Islam, relecture ou terrorisme</title><category>Politiques</category><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Wed, 30 Dec 2009 21:10:46 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2009/12/30/islam-relecture-ou-terrorisme.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:6175162</guid><description><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><em>L'attentat manqu&eacute; dans un avion &agrave; destination des Etats-Unis, le 25 d&eacute;cembre, nous a replong&eacute; dans le d&eacute;bat autour du terrorisme islamique. J'ai repris ici la premi&egrave;re partie d'un texte que j'avais &eacute;crit peu apr&egrave;s les attentats du 11 septembre et qui refl&egrave;te ce qu'un non sp&eacute;cialiste peut comprendre de certains m&eacute;canismes &agrave; l'oeuvre dans l'Islam, qui servent aux terroristes &agrave; justifier leurs actes. Au cours de ces dix derni&egrave;res ann&eacute;es, la r&eacute;forme de l'Islam n'a pas eu lieu, m&ecirc;me si elle est souhait&eacute;e, comme elle l'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; alors, par certains musulmans. Construit sur une base bibliographique assez large, le texte cite &eacute;galement plusieurs extraits de la presse de 2001. Le fait qu'ils puissent convenir &agrave; la lecture en 2010 montre &agrave; quel point la probl&eacute;matioque d&eacute;crite ci-dessous est encore d'actualit&eacute;.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-size: 110%;"><em><strong>En quo</strong></em>i une application rigoureuse du Coran et des principaux textes qui r&eacute;gissent la vie des musulmans entre-t-elle en conflit avec le monde Occidental ? L&rsquo;Islam est-il susceptible d&rsquo;une relecture par les musulmans eux-m&ecirc;mes, ou bien, s&rsquo;ils ne le souhaitent ou ne le peuvent pas, le terrorisme et, plus g&eacute;n&eacute;ralement, l&rsquo;affrontement avec l&rsquo;Occident, vont-ils se poursuivre? Deux questions auxquelles ce texte tente d&rsquo;apporter des &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;ponse.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><br /></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: 110%;"><strong>&nbsp;LA MECANIQUE DES FRICTIONS ISLAM-OCCIDENT</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong><em>De la parole r&eacute;v&eacute;l&eacute;e &agrave; la cl&ocirc;ture de l&rsquo;itjihad</em></strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&rsquo;actualit&eacute; nous &eacute;loigne du contenu spirituel, de la sagesse,&nbsp; de cette religion, de son sens profond, v&eacute;cu par ses fid&egrave;les. Les notions rappel&eacute;es ci-dessous, en esp&eacute;rant ne pas commettre trop d&rsquo;erreurs, ne sont donc qu&rsquo;une liste des points de friction possibles ou av&eacute;r&eacute;s entre Islam et Occident.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"> Ce qui fait probl&egrave;me, dans les rapports entre la culture islamique et la culture occidentale, ce ne sont pas la transcendance, l&rsquo;ineffable, la po&eacute;sie arabo-musulmane, dont on dit qu&rsquo;elle est la plus belle qui soit, mais l&rsquo;Islam comme religion de fer, tout ce qui peut amener ses fid&egrave;les &agrave; croire que le monde hors Islam est mauvais, corrompu et pers&eacute;cuteur des vrais croyants. Si on retient ici la lettre des textes, ce n&rsquo;est pas pour en d&eacute;voyer l&rsquo;esprit, mais parce qu&rsquo;une partie des musulmans exigent pr&eacute;cis&eacute;ment que les &eacute;critures saintes soient appliqu&eacute;es &agrave; la lettre.<strong>&nbsp;</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>La parole de Dieu.&nbsp; </strong>Le grand miracle revendiqu&eacute; par l&rsquo;Islam (par ailleurs beaucoup plus m&eacute;fiant &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des miracles que le catholicisme), est que le Verbe se fait Livre. Le Coran est consid&eacute;r&eacute; par lui comme la parole de Dieu, pure et directe; il est la r&eacute;citation&nbsp; - pas la transcription ou la traduction - par Mahomet du message divin descendu en lui.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Par comparaison, les Evangiles ne sont que la parole des ap&ocirc;tres. On peut imaginer, dans la religion catholique, que les hommes commentent, discutent, ce qu&rsquo;ont &eacute;crit d&rsquo;autres hommes &agrave; propos de Dieu. Mais si le Coran est Dieu, comment un simple humain pourrait-il dire l&agrave; dessus quelque chose ? Comment en changer une virgule, comment en omettre sciemment certains passages difficilement acceptables aujourd&rsquo;hui et rester de bonne foi ? </span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Conclusion des &eacute;rudits musulmans&nbsp;: Dieu &eacute;tant &eacute;ternel, le Coran l&rsquo;est aussi, il est incr&eacute;e, seules les lettres qui le reproduisent le sont. La puissance de l&rsquo;affirmation coranique, que les musulmans per&ccedil;oivent comme une chance inou&iuml;e, appara&icirc;t aux non-musulmans comme un effrayant probl&egrave;me.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>L&rsquo;unicit&eacute; de Dieu.</strong>&nbsp; L&rsquo;orientaliste Roger Arnaldez consid&eacute;rait que le dogme de l&rsquo;unicit&eacute; de Dieu est le dogme essentiel de l&rsquo;Islam, religion du monoth&eacute;isme par excellence. Le polyth&eacute;isme &ndash; Bouddhisme, Indouisme &ndash; mais aussi la doctrine chr&eacute;tienne de la sainte Trinit&eacute;&nbsp; sont vivement condamn&eacute;s par le Coran, qui y voit la marque des hypocrites. </span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Le libre arbitre, l&rsquo;espace de la libert&eacute; humaine face au Dieu tout puissant, a &eacute;t&eacute; un moment accept&eacute; par les penseurs musulmans. Inspir&eacute;s par la philosophie grecque, le mouvement des Mutazilites, autour du Xe si&egrave;cle, a d&eacute;fendu l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;homme &eacute;tait capable de faire la distinction entre le Bien et le Mal. Ils furent combattus (leurs livres br&ucirc;l&eacute;s) par les tenants de ce qui allait devenir l&rsquo;orthodoxie (au moins chez les <em>sunnites</em>; 90% des musulmans) qui voient l&agrave; une atteinte &agrave; la toute puissance de Dieu, estimant que la notion de Bien ou de Mal ne peut venir que d&rsquo;une r&eacute;v&eacute;lation. </span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">On voit ce que cette perspectives totalisante - sinon totalitaire - peut engendrer comme difficult&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;poque contemporaine. Dans ce contexte, la motion de Progr&egrave;s n&rsquo;a gu&egrave;re sa place, ni le doute philosophique, ni l&rsquo;examen rationnel d&rsquo;un probl&egrave;me ind&eacute;pendamment de ses connotations religieuses. Si nous nous mettons un instant du point de vue d&rsquo;un croyant, d&rsquo;un <em>taleb</em> &ndash; &eacute;tudiant en th&eacute;ologie islamique &ndash; le monde dans lequel nous vivons doit lui appara&icirc;tre comme un blasph&egrave;me permanent.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>La fusion du spirituel et du temporel.</strong> Mahomet est chef de guerre et homme politique, l&eacute;gislateur et justicier. Il confond dans sa personne tous les pouvoirs que l&rsquo;Occident s&rsquo;est appliqu&eacute; &agrave; s&eacute;parer. Selon les Evangiles J&eacute;sus aurait dit <em>&laquo;Mon royaume n&rsquo;est pas de ce monde&nbsp;&raquo;</em>, <em>&laquo;&nbsp;Rendons &agrave; C&eacute;sar ce qui est &agrave; C&eacute;sar et &agrave; Dieu ce qui est &agrave; Dieu&nbsp;&raquo;.</em></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&rsquo;id&eacute;al du christianisme est qu&rsquo;advienne le royaume de Dieu sur terre. Dans l&rsquo;Islam, la soci&eacute;t&eacute; est d&eacute;j&agrave; dans le royaume de Dieu. La distinction entre le spirituel est le temporel devient difficile, sinon impossible. L&rsquo;id&eacute;e m&ecirc;me d&rsquo;une s&eacute;paration de la religion (<em>din</em>), de la soci&eacute;t&eacute; (<em>dunya</em>) et de l&rsquo;Etat (<em>daoula</em>) est d&eacute;nu&eacute;e de sens dans l&rsquo;Islam classique (le mot <em>daoula</em> ne se trouve d&rsquo;ailleurs pas dans le Coran).</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Selon Hami Ramadan, directeur du Centre Islamique de Gen&egrave;ve, <em>&laquo;&nbsp;le seul fait d&rsquo;admettre qu&rsquo;un quelconque r&eacute;gime politique puisse l&eacute;gitimement remettre en&nbsp; cause la loi divine est un acte d&rsquo;id&ocirc;latrie&nbsp;&raquo;</em> (cit&eacute; par Michel Tribalat dans le Figaro du 21/09/2001). Pour Jacques Rollet (th&eacute;ologien, auteur de Religion et politique. Grasset 2001&nbsp;: <em>&laquo; Il n&rsquo;y a pas, dans la religion musulmane de moyen de distinguer le religieux du politique&nbsp;&raquo; </em>et donc&nbsp;:<em> &laquo;&nbsp;La D&eacute;mocratie occidentale, telle qu&rsquo;elle est pratiqu&eacute;e en Europe n&rsquo;est donc pas directement imaginable dans le monde musulman.&nbsp;&raquo;</em> D&eacute;s lors, la la&iuml;cit&eacute; fait probl&egrave;me, engendrant une suspicion d&rsquo;ath&eacute;isme, qui est, lui,&nbsp; s&eacute;v&egrave;rement condamn&eacute;.<strong>&nbsp;</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>L&rsquo;individu invisible.</strong>&nbsp; Le message de Mahomet est en phase avec la soci&eacute;t&eacute; de son temps, tribale, clanique, o&ugrave; le groupe est en tous points plus important que l&rsquo;individu. Cela engendre une morale de monde clos, qui cr&eacute;e des valeurs &ndash; qui, &agrave; nos yeux, sont belles pour autant qu&rsquo;elles ne soient pas exclusives - comme la coh&eacute;sion, la solidarit&eacute;, la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;. Chacun veille sur l&rsquo;autre, libre de le surveiller m&ecirc;me et de se m&ecirc;ler de ses affaires, pour son bien. Selon le point de vue d&rsquo;o&ugrave; on se place, on parlera de sollicitude ou de soumission et d&rsquo;oppression sociale. En tout &eacute;tat de cause, la cellule familiale &eacute;clat&eacute;e, l&rsquo;individu qui trace son chemin dans la vie en ne comptant que sur lui-m&ecirc;me et/ou sur l&rsquo;aide de son p&egrave;re et de sa m&egrave;re, est un mod&egrave;le social &eacute;tranger &agrave; l&rsquo;Islam traditionnel.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Le statut de la femme.</strong> M&ecirc;me si elle peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme inachev&eacute;e, l&rsquo;&eacute;mancipation de la femme, son autonomie professionnelle est sociale, sont autant de faits acquis en Occident. Si les cultures islamiques et non-islamiques devaient se rapprocher dans le futur, transiger sur ce point sera pour l&rsquo;Occident impensable. Mahomet &agrave; apport&eacute; un progr&egrave;s &agrave; la soci&eacute;t&eacute; pr&eacute;-islamique en interdisant de tuer les filles &agrave; la naissance ou de les enterrer vivantes en cas de disette&hellip; Pour le reste, le Coran et la Tradition consid&egrave;rent la femme comme inf&eacute;rieure &agrave; l&rsquo;homme. Non pas dans la vie sexuelle, vis &agrave; vis de laquelle l&rsquo;Islam est plus &agrave; l&rsquo;aise&nbsp; que la tradition chr&eacute;tienne, ni comme inspiratrice de la passion amoureuse, mais comme personne.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&rsquo;Islam aurait, &eacute;crit Anne-Marie Delcambre, <em>&laquo;&nbsp;une conception de la femme r&eacute;duite &agrave; un corps&nbsp;&raquo;, </em>avant d&rsquo;ajouter&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;L&rsquo;id&eacute;al de la belle g&eacute;nisse fut longtemps dans l&rsquo;inconscient musulman&nbsp;&raquo;</em>. La femme est soumise au plaisir de l&rsquo;homme&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp; Une femme ne doit jamais se refuser &agrave; son mari, f&ucirc;t-ce sur le b&acirc;t d&rsquo;un chameau ou sur le bord sup&eacute;rieur d&rsquo;un four embras&eacute;&nbsp;&raquo;.</em> L&rsquo;homme peut la r&eacute;pudier, mais pas l&rsquo;inverse et il peut avoir jusqu&rsquo;&agrave; cinq femmes s&rsquo;il est capable de les traiter &eacute;quitablement.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">&nbsp;<strong><em>Coran, Suna, Charia&nbsp;</em>: le quotidien r&eacute;glement&eacute;</strong>. Les Evangiles ne l&eacute;gif&egrave;rent pas sur le quotidien des hommes, alternant plut&ocirc;t paraboles moralisantes et grands principes. Le Coran passe indiff&eacute;remment des hauteurs de la foi au calcul de la part d&rsquo;h&eacute;ritage qui revient &agrave; la veuve, &agrave; la fa&ccedil;on dont les femmes du proph&egrave;te doivent porter un voile (<em>&laquo; O Proph&egrave;te, Dis &agrave; tes &eacute;pouses, &agrave; tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leur voile. C&rsquo;est pour elles le meilleur moyen de ne pas &ecirc;tre offens&eacute;es.&nbsp;&raquo;</em> (Sourate 33). Class&eacute;es par ordre de longueur, les diff&eacute;rentes subdivisions du coran (les sourates) sautent d&rsquo;un sujet &agrave; l&rsquo;autre, passant du prosa&iuml;que au sublime au point, comme le dit justement Anne-Marie Delcambre, qu&rsquo;un lecteur Occidental <em>&laquo;ne voit bien souvent dans le Coran qu&rsquo;un texte obscur, sans logique, sans ordre et dont la lecture est d&eacute;cevante&nbsp;&raquo;.</em></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Le point ici n&rsquo;est pas de porter un jugement sur le fond; un texte n&rsquo;est pas sans int&eacute;r&ecirc;t parce que difficile d&rsquo;acc&egrave;s et, apr&egrave;s tout, le lecteur occidental pourrait bien se donner un peu de mal. Ce qui fait probl&egrave;me, dans les rapports Islam-non-Islam, tient &agrave; l&rsquo;accumulation des r&eacute;glementations sur les circonstances petites ou grandes de la vie quoditienne. Certaines peuvent passer pour des particularismes culturels secondaires &ndash; la longueur de la barbe, ne pas souffler sur sa soupe, l&rsquo;usage de la main gauche &ndash; mais d&rsquo;autres sont pour l&rsquo;Occident source d&rsquo;horreur, comme la lapidation ou l&rsquo;amputation d&rsquo;une main pour les voleurs.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Apr&egrave;s le Coran, la Sun<em>a</em>, qui constitue la seconde source de l&rsquo;Islam, repr&eacute;sente la Tradition, ou en quelque sorte, le bon Coran tel qu&rsquo;il se d&eacute;duit des r&eacute;cits de la vie de Mahomet. En cas de contradiction entre le Coran et la Suna, c&rsquo;est m&ecirc;me la Suna qui l&rsquo;emporte. Mohamed Khadafi, en Lybie, a critiqu&eacute; cette sur&eacute;valuation de la Suna, affirmant au contraire que le Coran &eacute;tait la seule source digne de foi.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">La Charia, ou &laquo;&nbsp;voie &agrave; suivre&nbsp;&raquo; est la loi coranique, le corpus des commandements et des interdictions, mais aussi des recommandations et des mises en garde, qui ne se trouveraient pas d&eacute;j&agrave; dans le Coran ou la Suna. Elle d&eacute;finit les obligations du culte, les obligations concernant les relations en soci&eacute;t&eacute; (droit priv&eacute;, d&eacute;lits et crimes), les interdictions d&rsquo;ordre alimentaire. L&agrave; aussi, aux yeux d&rsquo;un Occidental, l&rsquo;essentiel et le transitoire se c&ocirc;toient sur le m&ecirc;me mode imp&eacute;ratif.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">La Charia d&eacute;finit les&nbsp; cinq &laquo;&nbsp;piliers&nbsp;&raquo; de la religion (profession de foi, pri&egrave;re, aum&ocirc;ne, je&ucirc;ne, p&egrave;lerinage), dont on n&rsquo;a pas de peine &agrave; comprendre l&rsquo;importance, mais c&rsquo;est elle aussi qui fait passer la sanction de l&rsquo;adult&egrave;re des cents coups de fouets pr&eacute;vus par le Coran &agrave; la lapidation, encore appliqu&eacute;e en Arabie saoudite. La o&ugrave; le Coran se montre un peu incertain quant &agrave; la nocivit&eacute; de l&rsquo;alcool, les juristes de l&rsquo;Islam, s&rsquo;exprimant &agrave; travers la Charia, ont d&eacute;cid&eacute; de punir de vingt coups de fouet le fait de boire du vin&hellip;</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Ni Eglise ni Pape.</strong>&nbsp; Qui jugera les juristes ? En principe, l&rsquo;Islam est une communaut&eacute; sans chef, ni spirituel ni temporel. Pas d&rsquo;Eglise, avec ses pr&ecirc;tres, ses &eacute;v&ecirc;ques, ses cardinaux et son Pape, pour moduler le message divin au fil des si&egrave;cles. Vatican II, et l&rsquo;<em>aggiornamiento</em> qu&rsquo;il&nbsp; a impos&eacute; aux fid&egrave;les et &agrave; leurs guides spirituels, para&icirc;t difficile &agrave; concevoir, sinon impossible, en Islam. </span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Pourtant, pendant que Dieu &laquo;&nbsp;est&nbsp;&raquo;, l&rsquo;Humanit&eacute; &laquo;&nbsp;devient&nbsp;&raquo;; ce qui est une perception occidentale. Pour l&rsquo;Islam, le Coran et la Suna ont dit le tout de tout et pour toujours. </span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Que l&rsquo;on dirige le d&eacute;tail de la vie des hommes du troisi&egrave;me mill&eacute;naire en appliquant &agrave; la lettre des prescriptions fig&eacute;es avant l&rsquo;an mille, n&rsquo;est pas&nbsp; cens&eacute; provoquer le moindre malaise. On se doute bien qu&rsquo;il n&rsquo;en a pas &eacute;t&eacute; toujours ainsi et que, dans une culture fascin&eacute;e par le verbe &ndash; <em>arab</em> et litt&eacute;rature ont la m&ecirc;me racine en arabe &ndash; les ex&eacute;g&egrave;ses, les &eacute;coles juridiques et les schismes n&rsquo;ont pas manqu&eacute;. Particularismes que l&rsquo;on retrouve in&eacute;vitablement quand on parle de l&rsquo;Islamisme. Mais partout, le dogme de l&rsquo;application rigide des textes fondateurs et l&rsquo;exigence de la soumission de l&rsquo;homme &agrave; sa foi et &agrave; ses guides spirituels reviennent, gommant les diff&eacute;rences. </span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Soumission du fid&egrave;le, punition des infid&egrave;les.</strong> En lisant le Coran pour la premi&egrave;re fois, on est frapp&eacute; par deux th&egrave;mes qui reviennent sans cesse&nbsp;: la soumission &agrave; Dieu, la punition des m&eacute;cr&eacute;ants. Dieu sait tout, l&rsquo;homme ne sait rien, qu&rsquo;il se taise et ob&eacute;isse. Dieu s&rsquo;affirme comme mis&eacute;ricordieux, mais rappelle &agrave; l&rsquo;homme qu&rsquo;il observe le moindre de ses gestes et que, s&rsquo;il sait r&eacute;compenser, il saura aussi se montrer sans piti&eacute;. </span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">&nbsp;Quand &agrave; l&rsquo;Autre du Coran, le Chr&eacute;tien, le Juif, celui qui partage la tradition du Livre ou, pire, qui croit encore &agrave; d&rsquo;autres Dieux, il fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention inqui&egrave;te, sourcilleuse, un peu obsessionnelle. Les r&egrave;gles d&rsquo;une cohabitation avec les autres peuples du Livre sont pr&eacute;cises, mais parfois contradictoires; comme si on voulait bien tol&eacute;rer des cousins qui susciteraient cependant en nous une exasp&eacute;ration qui ne demande qu&rsquo;&agrave; exploser.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">&nbsp;Mahomet n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; un exemple de patience avec les Juifs. En 622, par la Constitution de M&eacute;dine, il fait entrer juifs et arabes dans une sorte de conf&eacute;d&eacute;ration d&rsquo;assistance mutuelle. Mais, d&egrave;s 624, il chasse de M&eacute;dine la tribu juive des Qaynuq&acirc; et confisque leurs biens. Puis ce sera le tour de la tribu juive de Ban&ucirc; Nadh&icirc;r, avant celle des Ban&ucirc; Qurayza, dont les membres seront d&eacute;capit&eacute;s. En 628, il recommence avec les juifs de la palmeraie de Khaybar, &agrave; cent cinquante kilom&egrave;tres de M&eacute;dine.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">&nbsp;Le Coran stipule que le musulman veillera &agrave; respecter le Chr&eacute;tien et le Juif, pour autant qu&rsquo;ils ne s&rsquo;opposent pas aux lois de l&rsquo;Islam. Ce qui laisse incertain le moment de bascule o&ugrave; les musulmans peuvent l&eacute;gitimement imposer l&rsquo;Islam &agrave; la soci&eacute;t&eacute; dans laquelle ils vivent. (<em>&laquo;&nbsp;Les Juifs disent Esdras fils de Dieu; les Chr&eacute;tiens disent le Messie fils de Dieu&nbsp;: ce n&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;un propose de leur bouche analogue &agrave; celui des d&eacute;n&eacute;gateurs de jadis. &ndash; Dieu les combatte! Comment &agrave; ce point se fourvoyer! Ils se donnent pour ma&icirc;tres leurs docteurs&nbsp; et leurs moines en place de Dieu, (et font de m&ecirc;me) du Messie fils de Marie. Et pourtant il leur a &eacute;t&eacute; command&eacute; de n&rsquo;adorer qu&rsquo;un seul Dieu &ndash; il n&rsquo;est de Dieu que Lui, tellement au-dessus de ce qu&rsquo;ils lui associent!&nbsp;&raquo;</em> (Sourate IX, vs 30-31, dans la traduction de Jacques Berque).</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Le glaive et la conqu&ecirc;te</strong>. La vie de Mahomet est une vie de combats et de guerres, dans une culture tribale qui les valorise. Un de ses premiers exploits est typique d&rsquo;un chef b&eacute;douin&nbsp;: la <em>razzia</em> contre les mecquois de 623. <em>&laquo;Soignez vos lances et vos arcs. Par eux, la victoire fut acquise au Proph&egrave;te, par eux s&rsquo;&eacute;tendirent vos conqu&ecirc;tes&nbsp;</em>&raquo; lui fait dire la Tradition. Pour l&rsquo;Islam. La g&eacute;ographie du monde se divise en trois cat&eacute;gories&nbsp;:</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">&nbsp;<em>Dar el islam</em>, la &laquo;&nbsp;demeure&nbsp;&raquo; ou le &laquo;&nbsp;territoire de l&rsquo;Islam&nbsp;&raquo;, qui est aussi&nbsp; <em>dar el salam</em>, &laquo;&nbsp;le territoire de la paix&nbsp;&raquo;: l&agrave; o&ugrave; l&rsquo;islam est la religion principale. C&rsquo;est l&agrave; que r&eacute;side la communaut&eacute; des musulmans, la <em>oumma</em>. Une communaut&eacute; dont l&rsquo;unit&eacute; est &agrave; vrai dire plus symbolique que r&eacute;elle; mais ce symbole m&ecirc;me conforte les musulmans dans un sentiment s&eacute;curisant d&rsquo;appartenance.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Quand Mustafa Kemal (Ataturk) abolit le califat en 1924, il provoque un trouble dans la communaut&eacute; musulmane; il cr&eacute;e en quelque sorte des orphelins, qui se cherchent d&eacute;sormais et des limites et un centre. De fa&ccedil;on inattendue, seul l&rsquo;im&acirc;m Khomeyni, lorsqu&rsquo;il pronon&ccedil;a sa <em>fatwa</em> contre Saliman Rushdie en 1989, recr&eacute;era d&rsquo;une certaine fa&ccedil;on une communaut&eacute; des musulman, mais sans fronti&egrave;res cette fois, &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de la plan&egrave;te.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Par opposition,&nbsp; <em>dar el kufr</em>, le &laquo;&nbsp;territoire de l&rsquo;impi&eacute;t&eacute;&nbsp;&raquo;,&nbsp; dit &eacute;galement <em>dar el harb</em>, le &laquo;&nbsp;territoire de la guerre&nbsp;&raquo;, est le monde non musulman, per&ccedil;u comme hostile et qui devrait &ecirc;tre progressivement gagn&eacute; &agrave; l&rsquo;Islam par la pr&eacute;dication et les conversions, voire par les armes.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Dans une situation interm&eacute;diaire se trouve le <em>dar al-sulh</em>, &laquo;&nbsp;terre de la conciliation&nbsp;&raquo;&nbsp; ou <em>dar-al-dawa&agrave;</em> &laquo;&nbsp;terre de la pr&eacute;dication&nbsp;&raquo;, ces lieux o&ugrave; le musulman peut pr&ecirc;cher sa foi au milieu des infid&egrave;les. La r&eacute;ciproque n&rsquo;est pas vraie&nbsp;: d&eacute;tenir chez soi une Bible constitue, en Arabie saoudite en tout cas, un d&eacute;lit.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Mais le Coran&nbsp; ou la Sunna ne pr&eacute;voient rien de plus pr&eacute;cis qui puisse orienter les actions des musulmans non-arabes r&eacute;partis &agrave; travers le monde, et qui sont aujourd&rsquo;hui sept fois plus nombreux que les musulmans arabes. Les th&eacute;oriciens islamistes se chargeront de combler ce vide.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Le djihad.</strong> Du vivant m&ecirc;me de Mahomet, ses contemporains consid&egrave;rent ses victoires militaires comme la preuve de la justesse de sa cause. En deux ou trois si&egrave;cles, l&rsquo;Islam conna&icirc;t une expansion foudroyante, qui sera&nbsp; ensuite amplifi&eacute;e par la dynastie Abasside, puis par les conqu&ecirc;tes de l&rsquo;empire Ottoman.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Toutefois, le <em>jihad</em> n&rsquo;est pas un pilier de l&rsquo;islam. Avec <em>charia</em> et <em>taliban</em>, c&rsquo;est sans doute un des trois mots arabes que l&rsquo;on retrouve le plus souvent dans les m&eacute;dias du monde entier depuis le 11 septembre 2001&hellip; Il commence a &ecirc;tre employ&eacute; d&egrave;s 624, apr&egrave;s la victoire de Badr contre les Mecquois. On l&rsquo;a vu, la premi&egrave;re bataille contre les Mecquois, en 623, &eacute;tait une <em>razzia</em> et reconnue comme telle. Mais&nbsp; la seconde, qui am&egrave;ne Mahomet &agrave; violer les usages au cours de ce qui &eacute;tait alors un mois sacr&eacute; de p&egrave;lerinage, est d&eacute;clar&eacute;e guerre sainte contre les ennemis d&rsquo;Allah; ceux qui mourront au combat recevront le titre de <em>chah&icirc;d</em> (martyr).</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Au sens premier, le <em>jihad</em> d&eacute;crit d&rsquo;abord l&rsquo;effort fait sur soi-m&ecirc;me pour &ecirc;tre meilleur. C&rsquo;est ce que les musulmans appellent le <em>jihad</em> int&eacute;rieur ou <em>jihad</em> majeur. C&rsquo;est par extension que le mot d&eacute;signe une guerre consid&eacute;r&eacute;e comme sainte,&nbsp; <em>jihad</em> mineur ou ext&eacute;rieur (le Proph&egrave;te a employ&eacute; &agrave; son propos l&rsquo;expression <em>al jihad-l-asghar</em>, ou petit effort).</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Mais ce terme peut aussi d&eacute;signer l&rsquo;effort pour propager l&rsquo;Islam. On distingue alors, selon Gilles Kepel, deux types de <em>jihad</em>&nbsp;<em>: &laquo;&nbsp;le jihad offensif d&rsquo;abord, ou des musulmans attaquent un territoire non musulman. C&rsquo;est une obligation qui concerne seulement le commandeur des croyants - le chef de la communaut&eacute; - et les combattants. Le jihad d&eacute;fensif, ensuite&nbsp;: il est beaucoup plus important car c&rsquo;est une obligation de chacun quand l&rsquo;oumma &ndash; la communaut&eacute; des croyants &ndash; est en danger. Tout le monde doit y participer dans la mesure de ses moyens.&nbsp;&raquo;</em> (Lib&eacute;ration du 19/11/ 2001). Pour les oul&eacute;mas d&rsquo;ob&eacute;dience saoudienne, le <em>jihad</em> en Afghanistan, envahi par les &laquo;&nbsp;impies&nbsp;&raquo; sovi&eacute;tiques, est d&eacute;fensif. Pour Ben Laden, le <em>jihad </em>contre le r&eacute;gime saoudien, qui tol&egrave;re sur la terre sacr&eacute;e de la Mecque les &laquo;&nbsp;impies&nbsp;&raquo; am&eacute;ricains est d&eacute;fensif. On n&rsquo;aura pas de mal &agrave; comprendre que, pour un tr&egrave;s grand nombre de musulmans, le conflit israelo-palestinien puisse &ecirc;tre lui aussi un <em>jihad</em> d&eacute;fensif.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>L&rsquo;Occident, cauchemar et tentation</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Personne n&rsquo;aime &ecirc;tre vaincu, ni par le corps, ni par l&rsquo;esprit. C&rsquo;est encore plus difficile quand on appartient &agrave; une religion du glaive qui a fait trembler le monde occidental jusqu&rsquo;au si&egrave;ge de Vienne, en 1529 et qui a donn&eacute; &agrave; l&rsquo;Europe, du VIII&egrave;me au XIII &egrave; si&egrave;cle, de grands penseurs et de grands savants.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Mais le monde change et les &eacute;carts se renversent. Pour faire court on retiendra ici l&rsquo;&eacute;clairage qu&rsquo;en donne le philosophe iranien Javad Tabatabai&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;L&rsquo;Islam conna&icirc;t un mouvement philosophique extraordinaire jusqu&rsquo;au XIe -XIIe si&egrave;cle parce qu&rsquo;on interpr&eacute;tait le Coran &agrave; partir d&rsquo;Aristote; c&rsquo;est la Charia qui &eacute;tait rationnelle. Apr&egrave;s l&rsquo;invasion turque, c&rsquo;est la raison qui devient servante de la Charia. L&rsquo;Islam a alors perdu le contact avec le mouvement des id&eacute;es dans le monde, la vie, le mouvement social et historique; il ne parle plus parce qu&rsquo;il n&rsquo;arrive pas &agrave; introduire un nouveau contenu dans les mots&nbsp;&raquo;.</em> (Lib&eacute;ration, 28 Octobre 2001)</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">La multiplication des mosqu&eacute;es et en particulier des mosqu&eacute;es-&eacute;coles (<em>madrasa</em> ou <em>medersa</em>) a &eacute;t&eacute; le puissant relaie de l&rsquo;expansion de l&rsquo;islam dans le monde. Dans ces &eacute;coles coraniques, tout esprit critique, toute recherche, sont abolis. C&rsquo;est la r&eacute;citation qui pr&eacute;vaut&nbsp;: les nouveaux croyants r&eacute;p&egrave;tent - entre deux coups de baguette sur la t&ecirc;te quand ils se trompent - des versets qu&rsquo;ils ne comprennent pas.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">La tentative des mutazilites pour concilier foi et raison est pratiquement la seule du genre en Islam. Le droit musulman (<em>fiqh</em>), qui a pour objet l&rsquo;interpr&eacute;tation de la Charia, la loi islamique, a connu lui aussi un moment d&rsquo;ouverture. L&rsquo;effort de r&eacute;flexion personnelle &ndash; <em>ijtihad</em> &ndash; est reconnu comme licite - m&ecirc;me si le sujet est tout de suite tr&egrave;s disput&eacute; parmi les docteurs de la loi coranique - jusqu&rsquo;au XIe si&egrave;cle.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Mais cet espace de rationalit&eacute; profane para&icirc;t d&eacute;cid&eacute;ment contraire &agrave; l&rsquo;esprit de la loi islamique. Une raison libre est une raison cr&eacute;atrice et le r&ocirc;le de cr&eacute;ateur n&rsquo;appartient qu&rsquo;&agrave; Dieu. L&rsquo;opinion majoritaire des juristes musulmans&nbsp; en vient alors &agrave; consid&eacute;rer que tout est dit en mati&egrave;re de droit et qu&rsquo;il convient d&rsquo;arr&ecirc;ter la p&eacute;riode de l&rsquo;<em>itjihad</em>;&nbsp; ce que l&rsquo;on appellera <em>&laquo; la fermeture des portes de l&rsquo;itjihad&nbsp;&raquo;</em>. Place &agrave; la r&eacute;p&eacute;tition et &agrave; la redite.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">C&rsquo;est de l&agrave; que beaucoup de penseurs musulmans datent le d&eacute;but de la d&eacute;cadence de l&rsquo;islam, ou, plus exactement, sa scl&eacute;rose. Ainsi l&rsquo;Islam prot&egrave;ge sa foi, s&ucirc;rement plus que ne fait le christianisme (on pense aux papes campant sur les principes de leur religion pour refuser la contraception au milieu de l&rsquo;hostilit&eacute; ou m&ecirc;me l&rsquo;indiff&eacute;rence g&eacute;n&eacute;rale) mais en m&ecirc;me temps il l&rsquo;enferme dans son armure.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Les incons&eacute;quences de la Modernit&eacute;.</strong> C&rsquo;est sur cette forteresse que la modernit&eacute; abat ses parfums v&eacute;n&eacute;neux. Le progr&egrave;s technologique, qui laisse si visiblement les pays arabes en arri&egrave;re,&nbsp; est une notion difficilement acceptable quand le Livre saint est cens&eacute; avoir tout dit pour toujours. Avec lui l&rsquo;innovation permanente devient pour l&rsquo;Islam une h&eacute;r&eacute;sie.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Le rapport au temps est fragment&eacute;, utilitaire, en Occident, quand il est, en Islam, dans la main de Dieu. Autres caract&eacute;ristiques de l&rsquo;Occident, la remise en cause de l&rsquo;ob&eacute;issance &ndash; vertu cardinale pour le Coran - en m&ecirc;me temps que la capacit&eacute; &agrave; se mettre au service de principes ou d&rsquo;organisations d&eacute;sincarn&eacute;es &ndash; la Sience, l&rsquo;Etat &ndash; quand la vie musulmane respire dans la relation personnelle et l&rsquo;affectif. Enfin, l&rsquo;autonomie de l&rsquo;individu, sans attache, sans devoir (ou bien peu) vis &agrave; vis du groupe.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">La pression est ph&eacute;nom&eacute;nale pour les musulmans vivant hors des pays arabes, soit la grande majorit&eacute; d&rsquo;entre eux. Le choix est entre la submersion, o&ugrave; l&rsquo;identit&eacute; risque de se perdre, ou l&rsquo;affirmation que la religion musulmane est la meilleure, en tous points sup&eacute;rieure &agrave; celle des chr&eacute;tiens.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>La g&eacute;opolitique, un malheur et un d&eacute;fi.</strong> L&agrave; dessus, la g&eacute;opolitique vient aggraver le malaise. La colonisation a produit le sentiment de d&eacute;faite et d&rsquo;injustice que l&rsquo;on imagine. La <em>D&eacute;claration Balfour</em> (1917), par laquelle la Grande Bretagne promet la <em>&laquo;&nbsp;cr&eacute;ation d&rsquo;un foyer national juif en Palestine&nbsp;&raquo;</em>, les mandats que la Soci&eacute;t&eacute; des nations attribue, en 1920, &agrave; des puissances europ&eacute;ennes sur des pays arabes, tout cela&nbsp; appelle les musulmans &agrave; r&eacute;agir, et le plus fortement possible.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Dans le domaine si sensible de la religion, l&rsquo;&eacute;cart Orient-Occident est si grand qu&rsquo;il est difficile de faire avancer les choses sans se remettre, au moins un peu, en cause. En revanche, la reconqu&ecirc;te de l&rsquo;ind&eacute;pendance, la cr&eacute;ation ou re-cr&eacute;ation d&rsquo;une forme d&rsquo;Etat musulman sont, finalement, des voies plus ouvertes. Tandis que l&rsquo;Islam reste l&rsquo;Islam, le nationalisme et la lutte pour l&rsquo;ind&eacute;pendance apporteront aux peuples arabo-musulmans une cause &agrave; d&eacute;fendre, une fiert&eacute; retrouv&eacute;e et une possible victoire.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: 110%;"><strong>ISLAMISME ET MANIPULATIONS</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Quand le nationalisme d&eacute;&ccedil;oit</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Jusqu&rsquo;au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970, la culture du nationalisme &eacute;tait pr&eacute;dominante dans la plus part des pays musulmans. D&rsquo;Ataturk &agrave; Reza Palhevi en Iran, de Nasser en Egypte, &agrave; Amanoullah en Afghanistan et Bourguiba en Tunisie, toute une g&eacute;n&eacute;ration de nationalistes sont porteurs d&rsquo;espoir. Ils sont soit oppos&eacute;s soit en froid avec le mod&egrave;le musulman traditionnel. Ils adoptent le mod&egrave;le europ&eacute;en, mettent l&rsquo;accent sur le culte de la nation, de la langue, allant jusqu&rsquo;&agrave; pousser des &eacute;tudes arch&eacute;ologiques pour mettre en avant le pass&eacute; pr&eacute;-islamique.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Puis vient le moment o&ugrave; le nationalisme arabe ne tient pas ses promesses et perd ses batailles. C&rsquo;est le d&eacute;but d&rsquo;un d&eacute;senchantement qui dure encore. La d&eacute;faite arabe de la Guerre des Six jours en juin 1967 est ressentie comme une humiliation tragique. L&rsquo;espoir d&rsquo;une victoire contre l&rsquo;ennemi commun Israel &eacute;tait le seul facteur consensuel entre des Etats nationalistes&nbsp; scind&eacute;s en deux camps antagoniques&nbsp;: &laquo;&nbsp;progressistes&nbsp;&raquo; derri&egrave;re l&rsquo;Egypte nass&eacute;rienne, la Syrie et l&rsquo;Irak baasiste et &laquo;&nbsp;conservateurs&nbsp;&raquo; derri&egrave;re les monarchies de la p&eacute;ninsule et la Jordanie.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">A cela s&rsquo;ajoute les &eacute;checs &eacute;conomiques, la sanction de la r&eacute;alit&eacute; vis &agrave; vis des promesses faites nagu&egrave;re par les jeunes Etats &agrave; leurs citoyens. Chacun peut voir que la mis&egrave;re, la corruption, l&rsquo;absence de services publiques d&eacute;cents, s&eacute;vissent encore aujourd&rsquo;hui.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Pr&eacute;cis&eacute;ment, une g&eacute;n&eacute;ration, grossie par l&rsquo;explosion d&eacute;mographique (entre 1955 et 1970, la population s&rsquo;est accr&ucirc;e de l&rsquo;ordre de 40 &agrave; 50 % selon les pays), arrive &agrave; l&rsquo;&acirc;ge adulte sans avoir jamais connu la colonisation (ni ses injustices, ni les luttes de lib&eacute;ration), ni profit&eacute; des carri&egrave;res int&eacute;ressantes ouvertes par l&rsquo;accession &agrave; l&rsquo;ind&eacute;pendance. Souvent issue d&rsquo;un exode rural qui se traduit par un entassement urbain difficilement supportable, la jeunesse est mieux &eacute;duqu&eacute;e que la g&eacute;n&eacute;ration pr&eacute;c&eacute;dente, &agrave; qui elle reproche d&rsquo;accaparer l&rsquo;Etat, le pouvoir et la richesse. D&eacute;sabusement, frustration, pauvret&eacute; d&rsquo;une classe instruite qui cherche un nouveau discours d&rsquo;espoir et d&rsquo;affirmation&nbsp;: terreau&nbsp; fertile pour la pr&eacute;dication islamiste.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Les bases th&eacute;oriques de l&rsquo;islamisme</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Les racines de l&rsquo;islamisme remontent &agrave; la suppression du califat et au d&eacute;sarroi qu&rsquo;il a suscit&eacute;. Fond&eacute; en 1927 en Egypte, l&rsquo;Association des Fr&egrave;res Musulmans voudrait r&eacute;cup&eacute;rer cette dimension politique de l&rsquo;Islam que repr&eacute;sentait le califat. Pour eux, les d&eacute;faites de l&rsquo;islam sont d&ucirc;es aux perversions et aux m&oelig;urs d&eacute;cadentes de l&rsquo;empire Ottoman.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Face aux nationalistes de l&rsquo;&eacute;poque ils affirmaient d&eacute;j&agrave; ce qui est encore aujourd&rsquo;hui le fondement de l&rsquo;Islamisme&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;Le Coran est notre Constitution&nbsp;&raquo;. </em>Nul besoin de s&rsquo;inspirer des exemples europ&eacute;ens, de leur id&eacute;e de d&eacute;mocratie ou m&ecirc;me de R&eacute;publique. <em>&laquo;L&rsquo;Islam est un syst&egrave;me complet et total&nbsp;</em>&raquo;; s&rsquo;il y a un probl&egrave;me politique, sa solution est dans l&rsquo;instauration d&rsquo;un Etat islamique r&eacute;gi par la Charia. Rien ne peut &eacute;galer en harmonie la soci&eacute;t&eacute; pure et parfaite cr&eacute;e par le Proph&egrave;te. Selon un <em>hadith</em>, Mahomet n&rsquo;aurait-il pas affirm&eacute;&nbsp;: <em>&laquo;Le meilleur de ma Nation est le si&egrave;cle dans lequel je vis&nbsp;&raquo;</em>? Les Fr&egrave;res Musulmans conna&icirc;tront tr&egrave;s vite un large succ&egrave;s populaire.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Ils applaudissent l&rsquo;arriv&eacute;e au pouvoir de Nasser, pensant que celui-ci les aidera &agrave; dissoudre ces partis politiques qui divisent la Communaut&eacute; des Croyants. Mais le projet nationaliste du rais est autre; entre eux le conflit sera in&eacute;vitable. Une tentative d&rsquo;assassinat de Nasser &agrave; l&rsquo;automne 1954, imput&eacute; aux Fr&egrave;res Musulmans, donnera au pouvoir l&rsquo;occasion de les &eacute;liminer. Le mouvement dispara&icirc;t peu ou prou pour vingt ans en Egypte. Pendant ce temps, il se diffusera largement dans d&rsquo;autres pays arabes.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Sayyid Qob, l&rsquo;&eacute;gyptien; Mawdoudi, le pakistanais, vont &ecirc;tre les th&eacute;oriciens de l&rsquo;islamisme. Leur raisonnement est simple et condamne sans appel les r&eacute;gimes arabes en place. Les jeunes Etats arabes ind&eacute;pendants s&rsquo;inscrivaient dans une vision de l&rsquo;Histoire &agrave; l&rsquo;europ&eacute;enne. Avec eux, pensaient-ils, la nation arabe connaissait un nouveau commencement, une trajectoire originale. Pour Qob et ses &eacute;mules, au contraire, l&rsquo;histoire moderne des pays arabes ind&eacute;pendants n&rsquo;a aucune substance. Ces pays sont dans un &eacute;tat d&rsquo;ignorance (<em>jahiliyya</em> ) comparable &agrave; celui dans lequel vivaient les Arabes avant la R&eacute;v&eacute;lation de l&rsquo;Islam au Proph&egrave;te.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Cette charge contre le nationalisme et ses id&eacute;aux va plus loin encore. Reprenant des concepts forg&eacute;s par Mawdoudi, Qob distingue Islam et non-islam de fa&ccedil;on radicale. Dans l&rsquo;Islam, Allah d&eacute;tient seul la souverainet&eacute;, il est l&rsquo;objet unique de l&rsquo;adoration des hommes. Le mieux que puisse faire un dirigeant sur cette terre est de gouverner selon ce qu&rsquo;Allah a r&eacute;v&eacute;l&eacute;. En revanche, si on donne un caract&egrave;re de &laquo;souverainet&eacute;&nbsp;&raquo; &agrave; une &laquo;&nbsp;idole&nbsp;&raquo; - comme la nation, le parti, l&rsquo;arm&eacute;e, le peuple &ndash; et que l&rsquo;on encourage les masses &agrave; adorer cette idole (comme les r&eacute;gimes des jeunes pays arabes savaient si bien le faire), alors on est dans l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;ignorance des temps pr&eacute;-islamiques. Les islamistes doivent d&eacute;truire cette ignorance comme Mahomet avait d&eacute;truit l&rsquo;ordre social qui r&eacute;gnait avant la R&eacute;v&eacute;lation.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Une contestation radicale</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&agrave; o&ugrave; les Fr&egrave;res Musulmans restaient peu engag&eacute;s dans le combat politique, Qob et Mawdoudi apportent une subversion, au sens fort du terme, dans la vision musulmane de la soci&eacute;t&eacute;. Ce n&rsquo;est pas seulement le monarque ou ses ministres qu&rsquo;ils d&eacute;clarent en &eacute;tat d&rsquo;ignorance, de <em>jahiliyya</em>, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble du corps social. Cela revient &agrave; dire que toutes les personnes vis&eacute;es par eux sont, en fait et en droit, hors de la communaut&eacute; musulmane, hors de l&rsquo;<em>oumma</em>. Ce qui est une accusation terrible dans la tradition musulmane, reprenant en cela directement la coutume des tribus b&eacute;douines. Cela revient &agrave; prononcer contre le coupable le <em>tafkir</em><em>kurf</em>, impi&eacute;t&eacute;), l&rsquo;&eacute;quivalent d&rsquo;une excommunication majeure. Dans l&rsquo;Islam, l&rsquo;homme ainsi condamn&eacute; ne b&eacute;n&eacute;ficie plus d&rsquo;aucune protection, litt&eacute;ralement, selon les &eacute;critures saintes, <em>&laquo;&nbsp;son sang est licite&nbsp;&raquo;,</em> il peut &ecirc;tre tu&eacute; par quiconque.</span> (d&eacute;riv&eacute; de</p>
<p><span style="font-size: 110%;">Mahomet a &eacute;t&eacute; bien pr&egrave;s de se voir appliquer cette&nbsp; sentence du <em>tafkir</em>, lorsque sa pr&eacute;dication a commenc&eacute; &agrave; g&ecirc;ner les marchands de la Mecque, membres du clan des Quraychites dans lequel il &eacute;tait entr&eacute; par son mariage. Il ne devra qu&rsquo;&agrave; son oncle Abu Talib, de ne pas &ecirc;tre banni du clan et ainsi expos&eacute; &agrave; toutes les pers&eacute;cutions. Ainsi, du sixi&egrave;me si&egrave;cle &agrave; l&rsquo;an 2000, rien ne change; ce que les islamistes trouvent satisfaisant.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Ce raisonnement implacable aura un profond retentissement dans une partie de la jeunesse musulmane &agrave; travers le monde. Mawdoudi enfoncera encore le clou en affirmant que les cinq piliers traditionnels de l&rsquo;islam ne sont qu&rsquo;une pr&eacute;paration &agrave; un sixi&egrave;me pilier, qui doit &ecirc;tre le <em>jihad</em>, la guerre sainte. Son premier livre, paru &agrave; la fin des ann&eacute;es 20, s&rsquo;intitule d&rsquo;ailleurs &laquo;&nbsp;<em>Le jihad dans l&rsquo;Islam&nbsp;</em>&raquo;. Mawdoudi reste le premier inspirateur des talibans.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>Le martyr, comme couronnement du jihad</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Membre d&rsquo;une &laquo;&nbsp;&eacute;glise&nbsp;&raquo; qui ne repr&eacute;sente pas plus de dix pour cent des musulmans dans le monde, l&rsquo;ayatollah chiite Khomeini n&rsquo;en deviendra pas moins le troisi&egrave;me p&egrave;re fondateur de l&rsquo;islamisme. Sa premi&egrave;re force est d&rsquo;&ecirc;tre un docteur de la loi alors que Qob et Mawdoudi avaient vu leurs id&eacute;es combattues par les oul&eacute;mas du sunnisme. D&rsquo;une ind&eacute;niable habilet&eacute; tactique, Khomeini reprendra &agrave; son compte les id&eacute;es de certains penseurs chiites contemporains (dont Ali Shariati, admirateur de Sartre et de Che Guevara, traducteur de Franz Fanon). Avec eux, il accompagnera une r&eacute;orientation du chiisme vers un militantisme combatif.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Un des axes du chiisme est la c&eacute;l&eacute;bration du martyre de l&rsquo;imam Hussein, fils d&rsquo;Ali, quatri&egrave;me calife de l&rsquo;islam et petit-fils du Proph&egrave;te, tu&eacute; par l&rsquo;arm&eacute;e du calife sunnite de Damas, consid&eacute;r&eacute; par eux comme un usurpateur. Au cours de cette c&eacute;l&eacute;bration s&rsquo;exprime le &laquo;&nbsp;dolorosisme&nbsp;&raquo; propre aux chiites&nbsp;: flagellations rituelles dans la tristesse du souvenir de cette mort que l&rsquo;on a pas su emp&ecirc;cher. La majorit&eacute; des chiites croie &eacute;galement que le douzi&egrave;me imam, descendant d&rsquo;Ali, Mohamed al Mahdi, myst&eacute;rieusement disparu en 874, reviendra &agrave; la fin des temps; ce qui a fait d&rsquo;eux un mouvement plut&ocirc;t qui&eacute;tiste en politique, en retrait du monde, tr&egrave;s fid&egrave;le &agrave; un clerg&eacute; bien organis&eacute;, plut&ocirc;t indiff&eacute;rent aux luttes de pouvoir. L&rsquo;islamisme de Komeini a chang&eacute; cela en invitant les musulmans &agrave; reprendre le combat men&eacute; par l&rsquo;imam Hussein contre les usurpateurs, en l&rsquo;occurrence le r&eacute;gime des Palhavi.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Du martyr comme comm&eacute;moration on peut aussi passer au martyr de soi, comme offrande de sa vie &agrave; la foi. Cette vocation du martyr (<em>chahid</em>) est plut&ocirc;t &eacute;trang&egrave;re &agrave; la sensibilit&eacute; religieuse des sunnites. Mais on la voit aujourd&rsquo;hui r&eacute;cup&eacute;r&eacute;e par les islamistes, que ce soit dans les d&eacute;tournements d&rsquo;avion du 11 septembre, en Afghanistan o&ugrave; chez les palestiniens.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">La force et l&rsquo;exemplarit&eacute; de Khomeini tiennent &agrave; son succ&egrave;s - avoir r&eacute;ussi &agrave; prendre le pouvoir et &agrave; instaurer un &eacute;tat islamique &ndash;&nbsp; comme &agrave; la <em>fatwa</em> qu&rsquo;il a lanc&eacute;e contre l&rsquo;&eacute;crivain Salman Rushdie en 1989, apr&egrave;s la parution des &laquo;&nbsp;<em>Versets sataniques&nbsp;</em>&raquo;. Cette condamnation a cristallis&eacute; un sentiment d&rsquo;identit&eacute; culturelle (il est symptomatique que les musulmans de France aient alors demand&eacute; la saisie du livre, voulant signifier par l&agrave;, comme le d&eacute;clarait le recteur de la mosqu&eacute;e de Paris en Juin 1989, M.Tedjini Haddam, que <em>&laquo;&nbsp;les musulmans en France ne sont pas une communaut&eacute; de seconde zone&nbsp;</em>&raquo;) et ressoud&eacute;, &agrave; l&rsquo;&eacute;chelon de la plan&egrave;te, la communaut&eacute; des croyants, ph&eacute;nom&egrave;ne extr&ecirc;mement important pour les musulmans, m&ecirc;me s&rsquo;il reste symbolique.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>La variante &laquo;&nbsp;p&eacute;tro-dollar&nbsp;&raquo; de l&rsquo;islamisme</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Avec un&nbsp; corps de doctrine en acier, dans un contexte socio-&eacute;conomique de d&eacute;ception profonde, l&rsquo;islamisme pouvait, sous diverses variantes, se lancer &agrave; la conqu&ecirc;te des masses et, parfois, du pouvoir lui m&ecirc;me.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Des islamologues comme Gilles Kepel &ndash; notamment dans &laquo; <em>Jihad, expansion et d&eacute;clin de l&rsquo;islamisme&nbsp;</em>&raquo; -&nbsp; ont analys&eacute; avec une tr&egrave;s grande pr&eacute;cision et dans tous les pays concern&eacute;s, comment les mouvements islamistes, &agrave; l&rsquo;origine fort peu nombreux, contest&eacute;s (dans les ann&eacute;es vingt, les Fr&egrave;res Musulmans &eacute;taient surnomm&eacute;s &laquo;&nbsp;les f&ecirc;l&eacute;s&nbsp;&raquo;) ont r&eacute;ussi leur pr&eacute;dication. Selon lui, le sch&eacute;ma est presque partout comparable&nbsp;: une jeunesse urbaine pauvre, une petite bourgeoisie &ndash; notamment les commer&ccedil;ants du bazar &ndash; pieuse, une classe intellectuelle frustr&eacute;e dans ses perspectives de d&eacute;bouch&eacute;s. Les mouvements qui parviennent &agrave; s&rsquo;appuyer sur ces forces, sans effrayer l&rsquo;une d&rsquo;entre elles, ont le plus de chance de r&eacute;ussir.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Encore faut-il que le nerf de la guerre, l&rsquo;argent, soit l&agrave;. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;entre en sc&egrave;ne l&rsquo;Arabie saoudite, avec ses petro-dollars et son islamisme wahhabite.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&rsquo;Arabie saoudite est n&eacute;e de l&rsquo;alliance &eacute;troite pass&eacute;e en 1745 entre Mohamed ibn Abd al-Wahhab, r&eacute;formateur ultra-rigoriste et le chef de tribu Mohamed ibn Saoud. Al-Wahhab est un taliban avant l&rsquo;heure, il interdit la musique, la po&eacute;sie, le th&eacute;&acirc;tre, le tabac, le rire. Il ex&egrave;cre le culte des saints &ndash; si vivant dans l&rsquo;Islam populaire &ndash; , le mysticisme, la th&eacute;ologie dogmatique, la philosophie et les chiites, qui, sans tol&eacute;rer le libre arbitre, laissent quand m&ecirc;me &agrave; leur ayatollahs une certaine marge d&rsquo;interpr&eacute;tation. Fils d&rsquo;un jurisconsulte de l&rsquo;&eacute;cole hanbalite (une des quatre &eacute;coles juridiques du sunnisme) Al Wahhab va beaucoup plus loin, il enterre v&eacute;ritablement tout ce qui fit la civilisation de l&rsquo;Islam classique. En politique, il est contre le califat, ce qui est bien pratique &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; les pouvoirs locaux r&ecirc;vent de s&rsquo;affranchir du contr&ocirc;le Ottoman; mais s&ucirc;rement pas pour la d&eacute;sob&eacute;issance civile, ce qui convient aux r&eacute;gimes dictatoriaux.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&rsquo;establishment religieux wahhabite est depuis ce temps&nbsp; au sommet de l&rsquo;Etat saoudien. Le grand mufti Mohamed ben Ibrahim al-Acheikh a directement concurrenc&eacute; le pouvoir royal jusqu&rsquo;&agrave; sa mort en 1970 (le roi Faycal en fut r&eacute;duit &agrave; faire installer clandestinement la t&eacute;l&eacute;vision dans son palais, les wahhabites ayant donn&eacute; l&rsquo;assaut au si&eacute;ge de la toute jeune t&eacute;l&eacute;vision nationale).</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Ce qui a &eacute;t&eacute; v&eacute;cu comme &laquo;&nbsp;la crise p&eacute;troli&egrave;re&nbsp;&raquo; pour l&rsquo;Occident en 1973 est apparu comme une manne divine pour les pays du Golfe. La monarchie saoudienne a jou&eacute; l&agrave; dessus &ndash; n&rsquo;&eacute;tait-ce pas un signe de reconnaissance divine que d&rsquo;avoir plac&eacute; cette ressource p&eacute;troli&egrave;re tout pr&egrave;s de la terre sacr&eacute;e de la Mecque ? &ndash; et mis &agrave; contribution sa fabuleuse et soudaine richesse pour chercher &agrave; contr&ocirc;ler &agrave; son avantage la communaut&eacute; des croyants. L&rsquo;ob&eacute;dience religieuse devient une clef de la r&eacute;partition des aides aux musulmans du monde.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Le wahhabisme, qui passait &agrave; juste titre pour sectaire aux yeux de la plupart des pays arabes, devient la premi&egrave;re puissance de propagation de la foi musulmane &agrave; travers le monde. Selon Kepel, les fonds publics saoudiens ont financ&eacute; plus de mille cinq cents mosqu&eacute;es &agrave; travers le monde. Un nombre encore plus grand a &eacute;t&eacute; financ&eacute; sur des fonds priv&eacute;s. L&rsquo;aum&ocirc;ne &eacute;tant un des piliers de l&rsquo;Islam, les organisation caritatives les plus riches, c&rsquo;est &agrave; dire celle des pays du Golfe, ont pu propager l&rsquo;Islam sur un mode wahhabite. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;une&nbsp; seule famille, particuli&egrave;rement corrompue au demeurant, a mis la main sur la propagation de la foi musulmane, apr&egrave;s avoir &laquo;&nbsp;wahhabis&eacute;&nbsp;&raquo; le p&egrave;lerinage &agrave; La Mecque. Tout ira bien jusqu&rsquo;&agrave; la guerre du Golfe de 1990-91, quand les masses islamiques &agrave; travers le monde s&rsquo;enflammeront pour Saddam Hussein, approuvant sa d&eacute;nonciation de l&rsquo;alliance entre la monarchie saoudienne et l&rsquo;Occident.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>La bo&icirc;te de Pandore</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Un mot revient constamment sous la plume des islamologues qui analysent l&rsquo;&eacute;volution socio-politiques des pays musulmans&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;instrumentalisation&nbsp;&raquo;. L&rsquo;histoire des Etats arabes contemporains est l&rsquo;histoire de la manipulation des croyants par le pouvoir. Il n&rsquo;y a pas un pays o&ugrave; la lutte politique, pour acc&eacute;der ou pour se maintenir au pouvoir, ne soit pass&eacute;e par l&rsquo;encouragement ou la r&eacute;pression &ndash; en tout &eacute;tat de cause le contr&ocirc;le &ndash; des mouvements religieux.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Suivre les &eacute;v&egrave;nements survenus en Egypte, en Alg&eacute;rie, en Irak, au Pakistan, en Afghanistan et dans les pays du Golfe, est d&rsquo;une extraordinaire complexit&eacute;; mais les m&eacute;canismes de ce jeu de dupes sont simples. On retrouve toujours un jeu de bascule entre les cat&eacute;gories socio-politiques identifi&eacute;es par Kepel (jeunesse-bourgeoisie-intellectuels), des moments o&ugrave; le pouvoir en place en est confort&eacute;, d&rsquo;autres o&ugrave; il se sert des islamistes pour d&eacute;tourner le m&eacute;contentement populaire vers un ennemi ext&eacute;rieur &ndash; les Satans communistes, am&eacute;ricains ou juifs &ndash; et un moment o&ugrave;, la cr&eacute;ature &eacute;chappant &agrave; son ma&icirc;tre, celle-ci mord la main qui l&rsquo;a nourrie.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&rsquo;exemple du jidhad afghan contre l&rsquo;occupant sovi&eacute;tique, servi par Oussama ben Laden, comme cr&eacute;ature de la famille saoudienne, puis retourn&eacute; contre celle-ci, en est l&rsquo;illustration la plus connue. Le destin des populations prises dans ces instrumentalisations crois&eacute;es est tragique, mais bien document&eacute; par des sp&eacute;cialistes comme Gilles Kepel, Antoine Basbous, Olivier Roy et d&rsquo;autres. La lecture de leurs livres laisse un sentiment de d&eacute;go&ucirc;t devant un demi si&egrave;cle de cynisme.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: 110%;"><strong>TERRORISME OU RELECTURE</strong></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&rsquo;islamisme a d&rsquo;abord &eacute;t&eacute; tol&eacute;r&eacute;, financ&eacute; et pouss&eacute; de l&rsquo;avant par les Etats musulmans eux-m&ecirc;mes. Ben Laden est plus une cons&eacute;quence qu&rsquo;une cause; sa trajectoire montre bien jusqu&rsquo;o&ugrave; peuvent aller des individus mentalement d&eacute;rang&eacute;s quand ils sont encourag&eacute;s par des irresponsables. La collusion entre le royaume saoudien et la CIA pour l&rsquo;aider &agrave; jeter les talibans contre l&rsquo;Afghanistan relevait moins d&rsquo;un anti-communisme primaire que d&rsquo;une fa&ccedil;on primaire de r&eacute;soudre un probl&egrave;me g&eacute;o-strat&eacute;gique. Comme l&rsquo;&eacute;crit Gillles Kepel&nbsp;: <em>&laquo;En sollicitant les Oul&eacute;mas les plus conservateurs pour qu&rsquo;ils publient des fatwas d&eacute;clarant le jihad contre les Sovi&eacute;tiques&nbsp; un devoir de tout musulman &agrave; travers le monde, on a ouvert la bo&icirc;te de Pandore.&nbsp;&raquo;</em> Il y aura toujours des Ben Laden pour r&eacute;pondre &agrave; des tactiques aussi grossi&egrave;res.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">On commence &agrave; voir des analyses lucides et courageuses &eacute;manant de sources musulmanes ou, en tout cas, arabe. Ainsi la libre opinion donn&eacute;e il y a quelque temps au journal Le Monde par le Dr. Fethi Benslama (28/11/2001), qui fait remarquer que l&rsquo;argument de l&rsquo;humiliation du monde arabo-musulman par l&rsquo;Occident ne suffit pas &agrave; rendre compte des d&eacute;g&acirc;ts caus&eacute;s par l&rsquo;islamisme&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;depuis plus de vingt ans, </em>&eacute;crit-il,<em> l&rsquo;actualit&eacute; nous a fourni sur tous les fronts les signes d&rsquo;un d&eacute;labrement profond du monde arabe, qui atteint ses structures anthropologiques fondamentales. (&hellip;) En ce sens, le monde arabe est le sujet de sa propre humiliation. La responsabilit&eacute; principale en incombe incontestablement &agrave; ses gouvernants.&nbsp;&raquo;</em></span></p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>L&rsquo;Occident dans le r&ocirc;le du pousse-au-crime.</strong> Cela n&rsquo;exempte pas les grandes puissances de leur responsabilit&eacute;, bien s&ucirc;r. M.Bush Jr peut aller r&eacute;p&eacute;tant partout o&ugrave; on lui tend un micro que les am&eacute;ricains sont &laquo;&nbsp;bons&nbsp;&raquo;; mais l&rsquo;Am&eacute;rique n&rsquo;aura jamais dans le monde de stature morale sup&eacute;rieure &agrave; celle des r&eacute;gimes qu&rsquo;elle soutient.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">De m&ecirc;me que la cha&icirc;ne casse &agrave; son maillon le plus faible, l&rsquo;opinion internationale conserve des Etats-Unis l&rsquo;image des r&eacute;gimes les plus d&eacute;prav&eacute;s qu&rsquo;ils ont mis en place et continuent de soutenir. Que l&rsquo;Am&eacute;rique soit une nation de la foi et du devoir moral &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de ses fronti&egrave;res, n&rsquo;est d&rsquo;aucun effet &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur. La seule morale de cette histoire est que la forteresse Am&eacute;rique, prot&eacute;g&eacute;e par les oc&eacute;ans qui l&rsquo;entoure, m&eacute;prise assez les nations dans le destin desquelles elle intervient pour aller au plus facile, dans une vision &agrave; court terme.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">La France, l&rsquo;Angleterre, les puissances coloniales en g&eacute;n&eacute;ral, seraient mal venues de s&rsquo;indigner, elles ont proc&eacute;d&eacute; &ndash; et continuent de le faire dans certains cas &ndash; de la m&ecirc;me mani&egrave;re dans leur sph&egrave;re d&rsquo;influence. La <em>realpolitk </em>sert le confort des puissants tant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de retour de b&acirc;ton. L&rsquo;hyper-terrorisme moderne, autrement plus sophistiqu&eacute; que les bricoleurs funestes de Corse et du pays Basque, ouvre une br&egrave;che dans cette impunit&eacute;. Pour le que le terrorisme islamique cesse, il faudrait donc d&eacute;j&agrave; que les Etats arabes et les Etats-Unis s&rsquo;abstiennent de le manipuler.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Il faudrait aussi que la mis&egrave;re cr&eacute;e par le sous-d&eacute;veloppement de la plupart des pays musulmans s&rsquo;att&eacute;nue ou disparaisse. Sur un plan r&eacute;gional, les sp&eacute;cialistes ont fait remarquer que lorsque l&rsquo;exutoire de&nbsp; l&rsquo;immigration vers les Etats arabes du Golfe a cess&eacute; de fonctionner,&nbsp; les pays arabes alentour se sont trouv&eacute;s automatiquement avec un probl&egrave;me social aggrav&eacute;. Dans un registre connexe, l&rsquo;int&eacute;gration &eacute;conomique et culturelle des millions d&rsquo;immigr&eacute;s musulmans &agrave; travers le monde, l&agrave; o&ugrave; elle &eacute;choue, offre une masse de man&oelig;uvre aux extr&eacute;mistes, capables aujourd&rsquo;hui de se financer en grande partie par le commerce de la drogue ou la d&eacute;linquance ordinaire.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Il y a peu de chance que ces causes &eacute;conomiques et politiques s&rsquo;&eacute;vanouissent rapidement. Fran&ccedil;ois Heisbourg, Directeur de la Fondation pour la Recherche Strat&eacute;gique, a pu faire &agrave; ce propos cette remarque d&eacute;sabus&eacute;e&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp; Je n&rsquo;en vois pas la fin et je fais un parall&egrave;le ici avec l&rsquo;arme nucl&eacute;aire. Celle-ci a &eacute;t&eacute; invent&eacute;e apr&egrave;s la derni&egrave;re guerre et on ne peut plus la &laquo;&nbsp;d&eacute;sinventer&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est la m&ecirc;me chose pour l&rsquo;hyper-terrorisme.&nbsp;&raquo;</em></span> ( Le Figaro, 22/11/ 2001)</p>
<p><span style="font-size: 110%;"><strong>L&rsquo;Islam&nbsp;: proc&egrave;s en paternit&eacute;.</strong> Reste &agrave; savoir si l&rsquo;Islam lui-m&ecirc;me peut un jour s&rsquo;accommoder du monde tel qu&rsquo;il est. L&rsquo;islamisme est rendu possible par ce qu&rsquo;est l&rsquo;Islam lui-m&ecirc;me et peut-&ecirc;tre n&rsquo;y a-t-il, de l&rsquo;un &agrave; l&rsquo;autre, qu&rsquo;une diff&eacute;rence de degr&eacute; et non pas de nature.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Ce que j&rsquo;ai pu indiquer plus haut des &eacute;l&eacute;ments de friction possibles entre la culture musulmane et la culture occidentale me para&icirc;t conforter cette id&eacute;e. Pour Jacque Rollet, <em>&laquo;&nbsp;Les islamologues comme Olivier Roy, et surtout Gilles Kepel, se trompent quand ils d&eacute;fendent la th&egrave;se de la fin de l&rsquo;islamisme. En faisant une lecture uniquement sociologique et politologique, ces islamologues minimisent la distance radicale entre l&rsquo;Islam et la d&eacute;mocratie. Ils n&rsquo;ont pas pris en compte que, pour les musulmans, ce qui importe avant tout ce n&rsquo;est pas l&rsquo;actualit&eacute; politique, mais le contenu du Coran&nbsp;&raquo;</em> (Le Point, 24/11/2001)</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">L&rsquo;autre th&egrave;se est l&rsquo;appel au bon sens que lancent le repr&eacute;sentants des communaut&eacute;s musulmanes install&eacute;es dans les pays occidentaux, sur le th&egrave;me&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;Voyez-vous autour de vous des fanatiques ou des fous dans les familles musulmanes qu&rsquo;il vous arrive de rencontrer?&nbsp;&raquo;</em> Non, sans doute. Et cela montre bien qu&rsquo;il peut y avoir une pratique de l&rsquo;Islam tr&egrave;s &eacute;loign&eacute;e de la rigidit&eacute; de ses textes fondamentaux. Comme si la grande majorit&eacute; des musulmans proc&eacute;daient en quelque sorte &agrave; une relecture &laquo;&nbsp;par omission&nbsp;&raquo; de ces textes. Ce qui laisse entier le probl&egrave;me d&rsquo;une relecture volontaire, ouverte, du Coran et de la Tradition, laquelle s&rsquo;est av&eacute;r&eacute;e impossible depuis le dixi&egrave;me si&egrave;cle.</span></p>
<p><span style="font-size: 110%;">Seuls les musulmans pourront conduire cette &laquo;&nbsp;mise &agrave; jour&nbsp;&raquo;, si elle leur para&icirc;t souhaitable. Mais si elle n&rsquo;a pas lieu avec assez de force pour cr&eacute;er un nouveau point de ralliement, un&nbsp; nouvel horizon, la fabrique de l&rsquo;islamisme et du terrorisme qu&rsquo;il g&eacute;n&egrave;re continuera &agrave; tourner encore longtemps.</span></p>
<p>&nbsp;<span style="font-size: 90%;"><em>H&ocirc;tel de Nesmond, 30/11/2001</em></span></p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-6175162.xml</wfw:commentRss></item><item><title>L'Arabie malheureuse</title><category>Politiques</category><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Wed, 30 Dec 2009 19:48:47 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2009/12/30/larabie-malheureuse.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:6173695</guid><description><![CDATA[<p><em style="font-size: 110%;">L&rsquo;Arabie heureuse</em> (Arabia Felix) des Romains, correspondait grosso modo au Yemen d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et devait son nom &agrave; des conditions climatiques favorables et aux nombreux tr&eacute;sors qu&rsquo;elle &eacute;tait cens&eacute;e abriter.</p>
<p>&Agrave; notre &eacute;poque il faut plut&ocirc;t d&rsquo;<em>Arabie malheureuse</em>, au vu du rapport que vient de publier le <a href="http://www.undp.org/" target="_blank">PNUD</a> (Programme des Nations Unies pour le D&eacute;veloppement) sous le titre <em>Development Challenges for the Arab Region&nbsp;: A Human Devlopment Approach</em>.</p>
<p>Ce rapport est le fruit des efforts conjoints du PNUD et des Etats de la Ligue Arabe&nbsp;; il a &eacute;t&eacute; command&eacute; par le Conseil des Ministres Arabes du D&eacute;veloppement et des Affaires sociales. Le rapport comprend deux parties&nbsp;; la premi&egrave;re est centr&eacute;e sur le mod&egrave;le de d&eacute;veloppement, la seconde sur les d&eacute;fis pos&eacute;s par l&rsquo;alimentation des populations et la s&eacute;curit&eacute; des individus.</p>
<p>Les conclusions de ces travaux sont consternantes. Environ 40% de la population des 18 pays arabes &ndash; soit 140 millions de personnes &ndash; vit en dessous du seuil de pauvret&eacute;. &laquo;<em>Il n&rsquo;y a pas eu</em>, affirment les auteurs, <em>de r&eacute;duction des taux de pauvret&eacute; au cours des 20 derni&egrave;res ann&eacute;es</em>&raquo; et <em>&laquo;la proportion de la population souffrant de malnutrition dans les pays arabes n&rsquo;a pas connu d&rsquo;am&eacute;lioration significative depuis 1990</em>&raquo;.</p>
<p>Le monde arabe affiche le taux de ch&ocirc;mage des jeunes le plus &eacute;lev&eacute; de toutes les r&eacute;gions du monde&nbsp;: 25,7% pour un taux de ch&ocirc;mage global de 13%.</p>
<p>Le rapport invite les Etats arabes &agrave; rechercher un mod&egrave;le de croissance plus <em>&laquo;&nbsp;favorables aux pauvres&nbsp;&raquo;</em>, soulignant qu&rsquo;il faudrait cr&eacute;er 51 millions d&rsquo;emplois d&rsquo;ici 2020 si on veut emp&ecirc;cher la situation d&rsquo;empirer.</p>
<p>Encore faudrait-il pour cela que les Etats arabes adoptent un mod&egrave;le de d&eacute;veloppement et/ou de soci&eacute;t&eacute; qui soit moins indiff&eacute;rent aux sorts des masses. Le rapport note d&rsquo;ailleurs que des dans pays comme le Maroc, la Syrie ou le Y&eacute;men, les in&eacute;galit&eacute;s de sont accrues.</p>
<p>De son c&ocirc;t&eacute;, l&rsquo;UNESCO montrait en Janvier dernier que les pays arabes parviennent difficilement &agrave; enrayer l&rsquo;illettrisme. L&rsquo;analphab&eacute;tisme touche encore 40% des plus de 15 ans dans ces pays et pr&egrave;s de 6 millions d&rsquo;enfants en &acirc;ge d&rsquo;&ecirc;tre scolaris&eacute;s ne le sont pas.</p>
<p>Ce qui est malheureux pour les pays arabes l&rsquo;est aussi pour le reste du monde. La violence et le fanatisme s&rsquo;alimentent &agrave; la mis&egrave;re des hommes et au sous-d&eacute;veloppement culturels: les gouvernements arabes sont responsables de l'un comme de l'autre.<br /><br /></p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-6173695.xml</wfw:commentRss></item><item><title>Que sont les amis devenus...</title><category>Ecritures</category><category>Images</category><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Sat, 19 Dec 2009 01:58:18 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2009/12/18/que-sont-les-amis-devenus.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:6093654</guid><description><![CDATA[<p><span class="full-image-block ssNonEditable"><span><img src="http://amcarron.net/storage/ferlinghetti.jpg?__SQUARESPACE_CACHEVERSION=1261189801858" alt="" /></span></span></p>
<p>Par une association d'id&eacute;es comme toujours maladroite et &agrave; plusieurs niveaux, cette photo me fait penser au vers <em>: " Que sont mes amis devenus /Que j'avais de si pr&egrave;s tenus /Et tant aim&eacute;s"</em>. Il n'y a pas, &agrave; mon go&ucirc;t, d'interpr&eacute;tation plus convaincante du po&egrave;me de Rutebeuf (1230-1285) que celle qu'en donne - donnait - Joan Baez.</p>
<p>Pourtant, dire qu'on peut "aimer" Ferlinghetti, Ginsberg ou ce poisson froid de Timothy Leary, aura &eacute;t&eacute; de tout temps abusif. Leurs go&ucirc;ts n'&eacute;taient pas les miens, mais leur litt&eacute;rature, s&ucirc;rement.</p>
<p>De celle que l'on d&eacute;couvre avec surprise en furetant chez Shakespeare &amp; Company, sur les bords de Seine. Ou, deux ou trois ans plus tard, &agrave; San Francisco, quand le coucher de soleil du mouvement hyppie r&eacute;chauffe encore les rencontres du jeune <em>drifter</em>, de Venice &agrave; Malibu et jusqu'aux plages de San Diego.</p>
<p>Je ne trouve pas que la po&eacute;sie de Ginsberg et Ferlinghetti ait bien vieilli. Ou plut&ocirc;t, comme eux sur cette photo, elle a pris un sacr&eacute; de coup de vieux. Mais au sortir d'une &eacute;ducation d'apr&eacute;s guerre, dans une France que Mai 68 n'avait que superficiellement d&eacute;crisp&eacute;e, leur &eacute;criture promettait des horizons impensables, dans une libert&eacute; de structure, voire un laisser aller, que les po&egrave;tes fran&ccedil;ais n'approchaient pas. Sans oublier le surcro&icirc;t d'exoisme d'un texte &eacute;crit dans une langue que l'on commence seulement &agrave; ma&icirc;triser.</p>
<p>Il y a ainsi des charret&eacute;es de po&egrave;tes que plus personne ne lit, alors qu'ils furent un temps une manne pour les journaux litt&eacute;raires. Dans le contexte de leur &eacute;poque ils passaient pour grands. Les voil&agrave; r&eacute;duits &agrave; presque rien.</p>
<p><em>Fuck the context</em>, comme dit l'individu ci-dessous. Restent ces visages, &eacute;nigmatiques comme le pass&eacute;.</p>
<p><span class="full-image-block ssNonEditable"><span><img src="http://amcarron.net/storage/fuck_the_context.jpg?__SQUARESPACE_CACHEVERSION=1261189838076" alt="" /></span></span></p>
<p>&nbsp;</p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-6093654.xml</wfw:commentRss></item><item><title>Le contenu, cela ne se "machine" pas</title><category>Internet &amp; TI</category><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Sat, 19 Dec 2009 01:33:15 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2009/12/18/le-contenu-cela-ne-se-machine-pas.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:6093415</guid><description><![CDATA[<p>Feriez-vous conduire une voiture de course par son m&eacute;canicien ou par un pilote dont c&rsquo;est le m&eacute;tier? <br /><br />Beaucoup de soci&eacute;t&eacute;s se plaignent aujourd&rsquo;hui que le contenu de leur site soit, disons le, passablement foireux. Mais ces soci&eacute;t&eacute;s ont presque toutes cherch&eacute; &agrave; g&eacute;rer ce contenu en confiant le b&eacute;b&eacute; &agrave; leurs responsables des TI, c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; leur service informatique.<br /><br />Dans ces cas-l&agrave;, les technos font les choses consciencieusement. Ils envoient un analyste qui analyse, interroge et mod&eacute;lise. Apr&egrave;s quelques centaines d&rsquo;heures de programmation, et&nbsp; moyennant quelques dizaines ou centaines de milliers de dollars, le site dispose d&rsquo;un outil de management de contenu impeccable. Avec ce logiciel - on vous l&rsquo;assure -&nbsp;la gestion du contenu va pouvoir &ecirc;tre automatis&eacute;e au maximum, tout le monde gagnera du temps.<br /><br />Quelques mois apr&egrave;s, on s&rsquo;aper&ccedil;oit qu&rsquo;il n&rsquo;y a presque plus de contenu sur le site, ou&nbsp; bien que ce contenu est d&eacute;pass&eacute;, incomplet, ennuyeux &agrave; mourir. Mais que manque-t-il ?<br /><br />Portrait chinois&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;je suis capable d&rsquo;&eacute;crire des textes, des titres, de choisir des photos, de les l&eacute;gender et de &laquo;penser&nbsp;&raquo; un travail de communication, en g&eacute;n&eacute;ral et en d&eacute;tail; qui suis-je?&raquo;</em><br /><br />Bingo! L&rsquo;&oelig;uf de Colomb, le fil &agrave; couper le beurre, la machine &agrave; machiner les choses&hellip;&nbsp; ce qui manque c'est un <em>Directeur de contenu</em> (ce que l&rsquo;on appelait du temps de la presse papier un <em>R&eacute;dacteur en chef</em>).<br />&nbsp;<br />Il y a bien des domaines o&ugrave; l&rsquo;automatisation et la m&eacute;canisation des t&acirc;ches permettent d&rsquo;&eacute;conomiser du temps et de l&rsquo;argent. Mais dans le cas des sites internet, un professionnel du contenu est plus souple, efficace et moins cher que toutes les usines &agrave; gaz informatiques.<br /><br />Je ne veux pas dire que les informaticiens compliquent les choses &agrave; plaisir. Ils mettent au contraire le meilleur d&rsquo;eux-m&ecirc;mes &agrave; r&eacute;soudre le probl&egrave;me qu&rsquo;on leur pose, mais que ni eux ni leur donneur d&rsquo;ordre ne comprennent. Le contenu de se &laquo;&nbsp;machine&nbsp;&raquo; pas. Pas plus qu&rsquo;il ne se &laquo;&nbsp;proc&egrave;s&nbsp;&raquo;. Il n&rsquo;y a pas de &laquo;&nbsp;recette&nbsp;&raquo; au sens informatique du terme, qui puisse garantir que la t&acirc;che sera ex&eacute;cut&eacute;e de fa&ccedil;on satisfaisante pour tous.<br /><br />Le d&eacute;fi permanent du Net tient au mariage de la technique et du contenu. Comme le contenu ne fait pas partie de la culture de la plupart des managers, des financiers, des ing&eacute;nieurs, des commerciaux, il faut attendre qu&rsquo;ils apprennent &laquo;&nbsp;&agrave; la dure&nbsp;&raquo; - c&rsquo;est-&agrave;-dire en perdant de l&rsquo;argent &ndash; que ce contenu a bien une existence propre.<br /><br />Cela me rappelle le d&eacute;marrage en fanfare de l&rsquo;Internet en France. Toutes les grandes entreprises voulaient des sites et plusieurs souhaitaient voir figurer &laquo;&nbsp;des informations d&rsquo;actualit&eacute;&nbsp;&raquo; sur leur site. J'ai plusieurs fois discut&eacute; du ph&eacute;nom&egrave;ne avec des responsables de grandes agences de presse &ndash; AFP. Reuters &ndash; vers qui ces entreprises se tournaient pour trouver &laquo;&nbsp;du contenu&nbsp;&raquo;. <br /><br />Je me souviens d&rsquo;une r&eacute;union tenue par des responsables europ&eacute;ens de l&rsquo;agence Reuters pour pr&eacute;senter leur offre de contenu en ligne. <em>&laquo;Nous avons de plus en plus de demandes,</em> disait l&rsquo;un d&rsquo;eux, <em>de contenu d&rsquo;actualit&eacute;, venant de gens qui ne savent pas ce que c&rsquo;est que l&rsquo;information. C&rsquo;est pour cela que nous avons con&ccedil;u pour eux des produits tout faits&nbsp;&raquo;. </em><br /><br />Ils vendaient ainsi &laquo;&nbsp;cl&eacute;s en main&raquo; un fil de presse comprenant chaque jour une trentaine de nouvelles, avec ou sans image pour les illustrer. L&rsquo;usine &agrave; saucisses des grandes agences suppl&eacute;aient aux r&eacute;dactions absentes de ces sites parfois prestigieux.<br /><br />La situation s&rsquo;est am&eacute;lior&eacute;e aujourd&rsquo;hui, avec le d&eacute;veloppement des aggr&eacute;gateurs comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Netvibes" target="_blank">Netvibe</a> (ou son &eacute;quivalent sur Google), qui permettent &agrave; chacun de suivre sur un seul &eacute;cran les nouveaux contenus de plusieurs dizaines de sources &agrave; la fois.<br /><br />Un peu d&rsquo;Histoire. A l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; l&rsquo;information &eacute;tait encore g&eacute;r&eacute;e par des journalistes, les d&eacute;p&ecirc;ches d&rsquo;agence n&rsquo;&eacute;taient pas consid&eacute;r&eacute;es comme un produit fini, mais comme une mati&egrave;re premi&egrave;re. Il ne serait pas venu &agrave; l&rsquo;id&eacute;e des agences de demander que leur nom figure au bas de textes pour la r&eacute;daction desquels ces d&eacute;p&ecirc;ches avaient servi. <br /><br />Avec la prolif&eacute;ration des informations d&rsquo;actualit&eacute;s sur le Net, les d&eacute;p&ecirc;ches se sont trouv&eacute;es mises en ligne telles quelles, par des &eacute;quipes peu form&eacute;es et pour des soci&eacute;t&eacute;s qui n&rsquo;avaient pas beaucoup r&eacute;fl&eacute;chi &agrave; l&rsquo;information. C&rsquo;est ce qui a permis aux grandes agences de vendre leurs petits plats de cuisine rapide et de se faire reconna&icirc;tre un statut d&rsquo;auteur. <br /><br />Un peu de pr&eacute;histoire. Il y a longtemps (quelques ann&eacute;es apr&egrave;s l&rsquo;invention de la machine &agrave; vapeur) je travaillais au service &eacute;tranger de l&rsquo;Agence France-Presse. Il &eacute;tait clair alors que la fonction premi&egrave;re d&rsquo;une agence de presse n&rsquo;&eacute;tait pas de fournir un article publiable, mais diff&eacute;rents mat&eacute;riaux qui serviraient de base &agrave; l&rsquo;&eacute;criture d&rsquo;un article. <br /><br />D&eacute;j&agrave;, il est vrai, les r&eacute;dactions en sous-effectif avaient tendance &agrave; r&eacute;clamer &agrave; l&rsquo;agence des &laquo;synth&egrave;ses&raquo; qu&rsquo;elles publiaient sans retouche. Mais quand on connaissait un peu l&rsquo;&eacute;criture journalistique, il &eacute;tait aussi facile de faire la diff&eacute;rence entre un texte &laquo;&nbsp;r&eacute;dig&eacute;&nbsp;&raquo; et une synth&egrave;se qu&rsquo;il est facile de distinguer la musique militaire de la musique.<br /><br />Ce n&rsquo;est pas d&eacute;sagr&eacute;able de voir des informations, du &laquo;&nbsp;contenu&nbsp;&raquo; partout et sans l&rsquo;extraordinaire cr&eacute;ativit&eacute; des <em>nerds</em>, Internet ne serait rien. Mais produire un contenu de qualit&eacute; reste une t&acirc;che artisanale dans laquelle se m&eacute;langent technique, culture, intuition et esth&eacute;tique.<br /><br /></p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-6093415.xml</wfw:commentRss></item><item><title>Commentaire sur le Vietghistan d'Obama</title><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Sat, 05 Dec 2009 02:11:40 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2009/12/4/commentaire-sur-le-vietghistan-dobama.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:5991100</guid><description><![CDATA[<p>J&eacute;r&ocirc;me a r&eacute;agi &agrave; ce post.</p>
<p>Je r&eacute;ponds &agrave; ses diff&eacute;rents points en suivant son texte.</p>
<p>- <em>"De nombreuses r&eacute;flexions et questions me viennent &agrave; l'esprit. Le co&ucirc;t de l'occupation rat&eacute;e de l'Irak/Afghanistan n'est-t-il pas, paradoxalement un moteur &eacute;conomique important pour les soci&eacute;t&eacute;s li&eacute;es &agrave; la d&eacute;fense ?"</em></p>
<p>Est-ce que l'on peut dire que le "complexe militaro-industriel" remonte &agrave; la guerre de Cor&eacute;e ? En tout cas il &eacute;tait tr&eacute;s actif au moment de la guerre de Vietnam; c'est l'une des raisons pour lesquelles Johnson s'est laiss&eacute; embourber l&agrave;-bas.</p>
<p>Les n&eacute;o-conservateurs qui tournaient autour de Bush ont bien profit&eacute; de la guerre en Irak. Les occasions sont un peu moins nombreuses en Afghanistan (il est plus difficile de tondre un oeuf), sauf &agrave; entrer dans le business de la drogue.</p>
<p>La question qui se pose pour l'Am&eacute;rique apr&egrave;s 30 ans de complexe militaro-industriel est celui de la possibilit&eacute; d'un retour &agrave; la normale. Comment r&eacute;duire la machine de guerre sans se mettre &agrave; dos les lobbys, les congressistes ou s&eacute;nateurs des circonscriptions et Etats o&ugrave; sont implant&eacute; les industries de l'armement, mais aussi les syndicats qui sont confront&eacute;s &agrave; un taux de ch&ocirc;mage historique? Les Etats-Unis sans guerre, c'est un peu comme des policiers sans p&egrave;gre: grave probl&egrave;me de reconversion.</p>
<p>Cela me rappelle ce qu'Emmanuel Todd &eacute;crit dans <em><strong>Apr&egrave;s l'empire, essai sur la d&eacute;composition du syst&egrave;me am&eacute;ricain</strong></em>, lequel se r&eacute;fugie, selon lui dans <em>"un militarisme th&eacute;atral"</em>.</p>
<p style="padding-left: 30px;"><em>"L'action militaire</em>, &eacute;crit-il &agrave; propos des Etats-Unis, <em>par son niveau d'intensit&eacute; et de risque, se situe d&eacute;sormais quelque part entre la vraie guerre et le jeu vid&eacute;o</em>. <em>On met sous embargo des pays incapables de se d&eacute;fendre, on bombarde des arm&eacute;es insignifiantes. On pr&eacute;tend concevoir et produire des armements de plus en plus sophistiqu&eacute;s, ayant, justement, la pr&eacute;cision des jeux vid&eacute;os, mais on applique en pratique, &agrave; des populations civiles d&eacute;sarm&eacute;es, des bombardements lourds dignes de la Seconde Guerre mondiale"</em>.</p>
<p>- <em>"Une des th&egrave;se de l'assasinat de JFK est sa volont&eacute;e de stopper l'engagement U.S. au Viet-Nam, Barak a t-il eu raisonnablement peur ? Quid des faucons ?"</em></p>
<p>Mon hypoth&egrave;se est qu'un recul en Afghanistan ne pouvait tout sinplement pas passer devant l'opinion am&eacute;ricaine en ce moment. Quid de demain? Quand &agrave; l'assassinat d'un pr&eacute;sident des Etats-Unis... Il para&icirc;t qu'il y a eu des pr&eacute;c&eacute;dents.</p>
<p><em>- "Barack a-t-il pu faire un m&eacute;nage efficace dans l'administration ?"</em></p>
<p>Je ne crois pas. Il ne parvient d&eacute;j&agrave; pas &agrave; faire le m&eacute;nage chez les d&eacute;mocrates. Voir Paul Krugman, <em><strong>L'Am&eacute;rique que nous voulons</strong></em> pour ce qui est de la droitisation du parti D&eacute;mocrate.</p>
<p>- "<em>La n&eacute;cessit&eacute; de montrer les dents aux Iraniens par le biais d'un engagement militaire afghan ?"</em></p>
<p>Esp&eacute;rons que les Iraniens seront impressionn&eacute;s... On voit bien quelle peut-&ecirc;tre la double ambition de l'Iran: &ecirc;tre libre de ses choix nucl&eacute;aires et retrouver dans sa r&eacute;gion l'influence de jadis. Mais personne, je crois, ne sait si les Iraniens sauront s'arr&ecirc;ter &agrave; tant, ce qui est vraiment pr&eacute;occupant.</p>
<p>Sur la r&eacute;gion, je partage le point de vue de Kishore Mahbubani (qui aurait pu devenir secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral des Nations-Unis &agrave; la place du passe-muraille Ban Ki Moon, mais il semble que les Etats-Unis s'y soient oppos&eacute;s) dans son livre <strong><em>Le d&eacute;fi Asiatique</em></strong>: <em>"L'Occident est en train de perdre sa capacit&eacute; &agrave; communiquer convenablement avec le monde islamique.</em>" L'une des raisons &agrave; cela est que l'on donne aux Isra&eacute;liens la bombe que l'on refuse aux pays voisins et qu'on les absout encore et toujours de leurs efforts pour broyer d&eacute;finitivement le peuple Palestinien.</p>
<p>Plus pr&eacute;occupant encore:l'hypoth&egrave;se - r&eacute;currente depuis au moins deux ou trois ans - d'une frappe "pr&eacute;ventive" am&eacute;ricaine contre l'Iran. &Agrave; moins qu'elle ne vienne d'Isra&euml;l, comme on l'entend dire &agrave; nouveau ces jours-ci.</p>
<p><em>- "Dans tous les cas on esp&eacute;rait autre chose sans trop y croire. Esp&eacute;rons maintenant que la r&eacute;forme de la sant&eacute; puisse aboutir. Pour eux".</em></p>
<p>Oui. Mais il me semble qu'Obama a fait jusqu'&agrave; pr&eacute;sent le maximum de ce qu'il pouvait faire. Il exploite ce que les Chinois appellent <em>"le potentiel de situation"</em>. Quand cela ne passe pas, il ne faut pour autant que &ccedil;a casse.</p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-5991100.xml</wfw:commentRss></item><item><title>Quicken/Intuit : degré zéro du service client</title><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Thu, 03 Dec 2009 14:16:12 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2009/12/3/quickenintuit-degre-zero-du-service-client.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:5977955</guid><description><![CDATA[<p>Certaines marques paraissent trop s&ucirc;res ou contentes d&rsquo;elles-m&ecirc;mes pour condescendre &agrave; parler &agrave; leurs clients. Ce n&rsquo;est pourtant pas ce que l&rsquo;on enseigne dans le management d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, o&ugrave; l&rsquo;entreprise est suppos&eacute;e se <em>&laquo;&nbsp;centrer sur le client&nbsp;&raquo;</em> (<em>user centered</em>).</p>
<p>L&rsquo;anecdote suivante prouve que ce n&rsquo;est pas toujours le cas. Pour une raison qui me para&icirc;t apr&egrave;s coup mal fond&eacute;e, je voulais essayer le logiciel Quicken de la firme Intuit. Un nom archi connu, un produit qui existe depuis des ann&eacute;es.</p>
<p>Visite au site de Quicken, d&eacute;tour vers le produit qui fonctionne avec Mac. Processus de commande&nbsp;: au moment de valider l&rsquo;achat, le site m&rsquo;indique que je suis actuellement sur le site am&eacute;ricain, dont le logiciel ne serait pas compatible avec les institutions et r&egrave;glements financiers canadiens.</p>
<p>Nous vous sugg&eacute;rons, dit le message &agrave; l&rsquo;&eacute;cran, d&rsquo;aller sur le site d&rsquo;Intuit Canada, dont voici l&rsquo;adresse.</p>
<p>Je me transporte sur le site d&rsquo;Intuit Canada o&ucirc; je reprends le processus de commande pour la version Quicken que j&rsquo;avais choisie.</p>
<p>Validation de la commande. Paiement. T&eacute;l&eacute;chargement du produit. Au moment de l&rsquo;ouvrir, un petit message appara&icirc;t &agrave; l&rsquo;&eacute;cran&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;Nous vous signalons que ce logiciel est sous MSDos et ne peut fonctionner sur un Mac&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>&Agrave; aucun moment, ce l&eacute;ger probl&egrave;me n&rsquo;a &eacute;t&eacute; d&eacute;celable par le client, qui vient de voir une centaine de dollars s&rsquo;envoler.</p>
<p>Recherches sur tout ce qui peut ressembler &agrave; un site Quicken/Intuit pour expliquer mon probl&egrave;me. Constat&nbsp;: pas de possibilit&eacute; de poser une question ouverte; tous les acc&egrave;s offerts aux internautes sont pr&eacute;-format&eacute;s. En dehors des questions que le client est autoris&eacute; &agrave; poser il ne peut rien faire.</p>
<p>Apr&egrave;s avoir perdu trois quarts d&rsquo;heure ma question &eacute;tait devenue une invective&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;vous les morons qui n&rsquo;&ecirc;tes pas capable de signaler au client qu&rsquo;il ach&egrave;te un produit qui ne fonctionnera pas avant qu&rsquo;il n&rsquo;est pay&eacute;, etc..&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>J'ai d&ucirc; la transmettre par lettre et par la poste car, bien s&ucirc;r, sur tous les sites Quicken/Intuit impossible de trouver un num&eacute;ro de t&eacute;l&eacute;phone qui permettrait de parler &agrave; un humain&nbsp;!</p>
<p><em><strong>Mint.com, le contraire de Quicken</strong></em></p>
<p>Autre exp&eacute;rience, avec <a href="http://www.mint.com/f" target="_blank">Mint.com</a> ; une solution en ligne, s&eacute;curis&eacute;e, de gestion des finances personnelles.</p>
<p>Je ne parviens pas &agrave; remplir la case correspondant au code postal, ce qui bloque l&rsquo;inscription.</p>
<p>Je peux leur envoyer une question car il y a un espace bien visible pour cela sur la page d&rsquo;accueil, contre <em>rien</em>, <em>z&eacute;ro, niente, nada, nitchevo, ziltsch</em> chez Quicken .</p>
<p>Une r&eacute;ponse personnalis&eacute;es, aimable, d&egrave;s le lendemain matin. Le syst&egrave;me ne fonctionne pour le moment qu&rsquo;aux Etats-Unis ou en tout cas avec des &eacute;tablissements bancaires am&eacute;ricains. D&eacute;sol&eacute;, nous esp&eacute;rons pouvoir vous donner satisfaction bient&ocirc;t.</p>
<p>Que croyez-vous qu&rsquo;il arrivera dans le futur aux entreprises indiff&eacute;rentes qui n&rsquo;auront pas vu venir les nouveaux entrants sur Internet qui sont aimables, conviviaux et efficaces&nbsp;?</p>
<p><em>PS. </em>Quelques jours plus tard, un mail automatique m&rsquo;indiquait qu&rsquo;Intuit avait recr&eacute;dit&eacute; ma carte de cr&eacute;dit. La lettre incendiaire que je leur avait envoy&eacute;e par la poste est rest&eacute;e sans r&eacute;ponse.</p>
<p><span class="full-image-block ssNonEditable"><span><img src="http://amcarron.net/storage/mint_400.pg?__SQUARESPACE_CACHEVERSION=1259850210499" alt="" /></span></span></p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-5977955.xml</wfw:commentRss></item><item><title>Le Vietghistan d'Obama</title><category>Politiques</category><dc:creator>Alain-Marie Carron</dc:creator><pubDate>Wed, 02 Dec 2009 18:06:00 +0000</pubDate><link>http://amcarron.net/blog/2009/12/2/le-vietghistan-dobama.html</link><guid isPermaLink="false">206847:2023652:5969886</guid><description><![CDATA[<p>On souhaite tous les succ&egrave;s possibles &agrave; ce pr&eacute;sident, apr&egrave;s la d&eacute;gringolade &eacute;thique et intellectuelle qu&rsquo;a repr&eacute;sent&eacute; la pr&eacute;c&eacute;dente administration am&eacute;ricaine. Mais en annon&ccedil;ant l&rsquo;envoi de 30 000 soldats am&eacute;ricains suppl&eacute;mentaires en Afghanistan et le retrait des troupes US courant 2011, Obama prend un pari qu&rsquo;il pourra difficilement gagner.</p>
<p>Sans doute ne pouvait-il agir autrement, compte tenu de la force du courant politique n&eacute;oconservateur et d&rsquo;une population o&ugrave; les excit&eacute;s de la g&acirc;chette sont majoritaires. On ne ram&egrave;ne pas facilement ni rapidement une opinion publique qui a &eacute;t&eacute; capable d&rsquo;&eacute;lire deux fois un George Bush Jr vers une pratique plus polic&eacute;e des rapports internationaux.</p>
<p>Obama a beaucoup d&rsquo;avance sur la majorit&eacute; des &eacute;lecteurs am&eacute;ricains, sans parler des appareils politiques &ndash; D&eacute;mocrates comme R&eacute;publicains &ndash; qui se sont fortement &laquo;&nbsp;droitis&eacute;s&nbsp;&raquo; ces dix derni&egrave;res ann&eacute;es, ni de la puissante corporation des lobbys, qui manipule la d&eacute;mocratie am&eacute;ricaine en toute impunit&eacute;.</p>
<p>Il aurait &eacute;t&eacute; trait&eacute; de couard s&rsquo;il avait eu le courage de finir cette guerre impossible. D&eacute;j&agrave; combattu pour tenter de r&eacute;former le syst&egrave;me de sant&eacute;, il ne pouvait sans doute pas ouvrir un autre front en ce moment. Le proverbe le dit bien&nbsp;: <em>&laquo;damned if you do, damned if you don&rsquo;t&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>Je ne vois pas comment une arm&eacute;e qui a besoin d&rsquo;air conditionn&eacute; et d&rsquo;eau propre peut parvenir &agrave; l&rsquo;emporter sur une population de montagnards pasteurs habitu&eacute;e &agrave; vivre dans un d&eacute;sert de rocailles. L&rsquo;usure de l&rsquo;occupant est garantie, sa d&eacute;moralisation in&eacute;vitable, sa couverture du terrain et son contr&ocirc;le des populations toujours insuffisante.</p>
<p>Dans le journal La Presse du 2 d&eacute;cembre, Michael O&rsquo;Hanlon, un expert militaire du Brookings Institute a r&eacute;pondu d&rsquo;une fa&ccedil;on involontairement limpide &agrave; la question suivante&nbsp;:</p>
<p>-&nbsp;&nbsp; &nbsp;&laquo;&nbsp; <strong>Que pensez-vous de l&rsquo;analogie entre le Vietnam et l&rsquo;Afghanistan&nbsp;?&nbsp;&raquo;</strong><br />-&nbsp;&nbsp; &nbsp;&laquo;<em>&nbsp;C&rsquo;est une comparaison qui m&rsquo;agace, m&ecirc;me s&rsquo;il y a un parall&egrave;le d&eacute;rangeant&nbsp;: la corruption des gouvernements locaux et leur faiblesse en g&eacute;n&eacute;ral&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p>Cet &laquo;&nbsp;agacement&nbsp;&raquo; qui ne veut pas que l&rsquo;on revienne sur les causes de la d&eacute;faite am&eacute;ricaine au Vietnam est d&eacute;j&agrave; symptomatique.</p>
<p>Mais notre expert politico-militaire nomme lui-m&ecirc;me les pi&egrave;ges qui l&rsquo;attendent en Afghanistan. La corruption, qui n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; contr&ocirc;l&eacute;e en Irak depuis 2003 et ne le sera pas davantage en Afghanistan entre aujourd'hui et 2012. Les divisions claniques et tribales, qui ne seront pas plus aplanies d&rsquo;ici 2012 que ne le sont les guerres de clans, les conflits ethniques et religieux en Irak.</p>
<p>Quand on pratique des guerres d&rsquo;invasion, comme les Etats-Unis s&rsquo;en sont fait une sp&eacute;cialit&eacute; dans p&eacute;riode contemporaine, on peut passer pour un lib&eacute;rateur pendant les six premiers mois&nbsp;; apr&egrave;s on devient un occupant. Et si on est encore l&agrave; au bout de six ans, on n&rsquo;est plus qu&rsquo;une arm&eacute;e perdue.</p>
<p>Quand les am&eacute;ricains sont arriv&eacute;s en Afghanistan, George Bush avait promis un <em>&laquo;&nbsp;plan Marshal&nbsp;&raquo;</em> pour ce pays. Il avait fait la m&ecirc;me promesse avoir envahi l&rsquo;Irak. On n&rsquo;a rien vu de tel. Sans redressement de l&rsquo;&eacute;conomie et r&eacute;forme de l&rsquo;&eacute;ducation il n&rsquo;y a pas d&rsquo;am&eacute;lioration du niveau de gouvernance politique. Les deux prennent des ann&eacute;es &ndash; souvent des d&eacute;cennies &ndash; &agrave; se r&eacute;aliser. A condition qu&rsquo;on y consacre d&rsquo;&eacute;normes efforts, ce qui n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; le cas des Etats-Unis en Irak ou en Afghanistan.</p>
<p>On voit mal comment Washington pourrait rendre le pays &agrave; une classe politique afghane efficace et pas trop corrompue en 2012&hellip;</p>]]></description><wfw:commentRss>http://amcarron.net/blog/rss-comments-entry-5969886.xml</wfw:commentRss></item></channel></rss>